Assurance Chômage : La machine à broyer derrière la promesse du plein emploi
On nous vend une autoroute vers le plein emploi. Mais en grattant le vernis des éléments de langage, c’est une toute autre mécanique qui se dessine : celle d'une précarisation structurelle au nom du dogme budgétaire.

C’est une mélodie que l’on connaît par cœur. À chaque tour de vis budgétaire, le même refrain : « Il faut inciter au retour à l'emploi ». Comme si le chômeur était, par essence, une créature indolente qu’il fallait réveiller à coups de décrets et de réductions de droits. La nouvelle réforme de l’assurance chômage ne déroge pas à la règle, mais elle change d'échelle. Oubliez les ajustements à la marge ; nous sommes face à un changement de philosophie brutal.
Le gouvernement affiche un objectif louable : le plein emploi (ce fameux 5 % de taux de chômage qui ferait rêver n'importe quel économiste libéral). Mais à quel prix ? Et surtout, en tordant quelle réalité ?
Les chiffres ne disent pas tout (ils mentent, parfois)
Regarder la baisse du chômage sans scruter la hausse de la précarité, c’est comme se féliciter d’avoir perdu du poids en se coupant une jambe. Technique, mais douloureux. L'exécutif se base sur des indicateurs macro-économiques qui masquent une vérité de terrain bien plus acide : l'explosion des contrats courts et le sous-emploi subi.
« On ne traverse plus la rue pour trouver un travail, on traverse un champ de mines administratif où chaque jour sans emploi réduit drastiquement le filet de sécurité. »
Le système bascule d'une logique assurantielle (je cotise, j'ai des droits) à une logique assistancielle conditionnée (je dois prouver que je mérite de survivre). La nuance est sémantique pour les énarques, vitale pour les précaires.
Le grand écart des règles : ce qui change vraiment
Pour bien comprendre la violence du virage, il faut poser les faits. Pas les promesses, les mécanismes. Voici ce que la réforme implique concrètement pour ceux qui ont le malheur de perdre leur poste demain.
| Mécanisme | L'Ancien Monde | La Nouvelle Donne |
|---|---|---|
| Durée d'indemnisation | Proportionnelle au temps travaillé | Réduite (jusqu'à -40%) si le taux de chômage passe sous 9% |
| Accès aux droits | 6 mois de travail sur 24 mois | Durci : il faut travailler plus longtemps sur une période plus courte |
| Les Seniors (55+) | Protection étendue (36 mois max) | Alignement progressif et décote : la fin du « sanctuaire » |
Le piège des seniors : l'angle mort
C'est ici que le cynisme atteint son paroxysme. On demande aux seniors de travailler plus longtemps (réforme des retraites oblige), mais on détricote leurs filets de sécurité en cas de licenciement. Les entreprises continuent de se séparer des plus de 55 ans – trop chers, moins malléables – et l'État vient ensuite leur expliquer que s'ils ne retrouvent pas de poste, c'est par manque de « dynamisme ».
Ce n'est plus une politique de l'emploi, c'est une pression à l'acceptation du déclassement. Accepter n'importe quel job, à n'importe quel prix, pour ne pas sombrer. Est-ce cela, le projet de société derrière les courbes Excel ?
La flexibilité à sens unique
Finalement, cette réforme est un pari risqué. Elle suppose que la peur du vide suffira à combler les pénuries de main-d'œuvre dans la restauration ou le bâtiment. C’est oublier que le marché du travail a changé. Les travailleurs ne cherchent plus seulement un salaire, mais du sens et des conditions décentes. En durcissant les règles, on ne crée pas de l'emploi, on fabrique de la docilité. Et l'histoire sociale nous a appris que la docilité forcée finit toujours par exploser.


