Society

Dépistage poumon : le prix invisible que personne ne veut payer

Les autorités sanitaires brandissent la baisse de mortalité comme un totem d'immunité. Mais derrière la promesse du scanner salvateur se cache une facture humaine et psychologique bien plus salée que prévu.

JW
Jennifer WilsonJournalist
4 February 2026 at 05:05 pm3 min read
Dépistage poumon : le prix invisible que personne ne veut payer

C’est la nouvelle marotte des politiques de santé publique. Après des années à culpabiliser le fumeur (cette stratégie de l'opprobre qui a montré ses limites), on passe à la phase technique : le dépistage généralisé par scanner faible dose. Sur le papier, la promesse est immaculée : repérer la tumeur quand elle est encore une tête d'épingle, opérer, et sauver 20 % de vies en plus. Formidable, non ?

Sauf que la médecine n'est pas un fichier Excel. Si l'on gratte un peu sous le vernis des communiqués officiels, l'équation se complique singulièrement.

La machine à angoisse

Le premier coût, celui dont les tableaux statistiques se moquent éperdument, est psychologique. Lancer une campagne massive de dépistage, c'est jeter un filet immense. Et dans ce filet, on remonte beaucoup de "faux positifs". Des nodules, des tâches, des cicatrices d'une vieille bronchite. Pour le système, c'est une donnée à vérifier. Pour le patient, c'est le début de l'enfer.

« On transforme des bien-portants en malades en sursis. Entre l'annonce d'une anomalie et la confirmation qu'il n'y a rien, il peut s'écouler des semaines. Des semaines où l'individu ne vit plus, il attend son verdict. »

On appelle ça la "scanxiety" (l'anxiété du scanner). Ce coût mental, invisible dans les budgets de la Sécu, pèse lourd sur la société. Combien d'arrêts de travail, de dépressions réactionnelles ou de biopsies inutiles (et risquées) pour un seul cancer avéré ?

Le grand malentendu : Promesse vs Réalité

Il faut avoir le courage de regarder les chiffres que l'on met rarement en Une. Comparons la vision idyllique vendue au grand public et la réalité de terrain observée dans les études pilotes.

CritèreLe Discours OfficielLa Réalité de Terrain
CibleTous les fumeurs à risqueSurtout les plus favorisés (diagonale sociale)
PrécisionDétection précoce infaillibleJusqu'à 90% de fausses alertes au premier tour
Effet secondaireAucun (scanner low-dose)Surdiagnostic (on traite des cancers "dormants")

L'impasse du surdiagnostic

C'est le tabou ultime. Le dépistage trouve des cancers, c'est indéniable. Mais il trouve aussi des cancers paresseux, ceux qui, soyons cyniques une seconde, n'auraient jamais tué le patient avant qu'il ne meure d'autre chose (d'une crise cardiaque ou simplement de vieillesse). On se retrouve alors à opérer, irradier, chimio-théraper des gens pour une maladie qui ne les aurait peut-être jamais inquiétés.

Est-ce éthique ? Au nom du principe de précaution, on mutile préventivement. C'est un choix de société, certes, mais a-t-on posé la question clairement aux citoyens ? "Voulez-vous risquer de perdre un lobe pulmonaire pour rien, au cas où ?"

Une médecine à deux vitesses (encore)

Enfin, parlons de l'éléphant dans la pièce : qui va se faire dépister ? Les études le montrent déjà, ce sont les populations les plus éduquées, celles qui écoutent France Inter et lisent les brochures de prévention, qui iront passer leur scanner. Les gros fumeurs précaires, ceux qui vivent dans les déserts médicaux, resteront, eux, sous les radars. Le dépistage risque d'accroître le fossé des inégalités de santé plutôt que de le combler. On dépense des milliards pour rassurer ceux qui vont déjà (à peu près) bien, tout en ratant la cible prioritaire.

Le dépistage est un outil, pas une magie. Et comme tout outil mal calibré, il peut blesser l'utilisateur.

JW
Jennifer WilsonJournalist

Journalist specialising in Society. Passionate about analysing current trends.