Main basse sur la Fed : Trump prépare-t-il la fin du dollar neutre ?
Oubliez les tweets rageurs de 2018. Cette fois, le plan est méthodique. En contestant le dogme de l'indépendance de la Banque Centrale, Donald Trump ne cherche pas juste à baisser les taux : il veut redéfinir la confiance mondiale envers le billet vert.

On nous a toujours vendu la Réserve fédérale comme le Vatican de la finance : une enclave sacrée, peuplée de cardinaux en costumes gris (les économistes) qui murmurent à l'oreille des marchés, loin du tumulte politique de Washington. C'est ce mythe de la « neutralité bienveillante » que Donald Trump s'apprête à passer au bulldozer.
Soyons clairs : l'indépendance de la Fed est une anomalie démocratique que les marchés adorent. Elle garantit que la planche à billets ne servira pas à financer les promesses électorales d'un président en difficulté. Mais pour l'ex-magnat de l'immobilier, un président sans contrôle sur les taux d'intérêt, c'est comme un promoteur sans bétonneuse : impuissant.
« Je pense que le président devrait avoir son mot à dire. Je pense que j'ai un meilleur instinct que beaucoup de gens qui sont à la Réserve fédérale ou qui en sont les présidents. » – Donald Trump (Août 2024)
Cette déclaration n'est pas une simple bravade de campagne. C'est une déclaration de guerre institutionnelle.
Le mythe de l'intouchable Jerome Powell
Jerome Powell, l'actuel président de la Fed (nommé par Trump lui-même, ironie savoureuse), est devenu la bête noire du camp MAGA. Pourquoi ? Parce qu'il a osé monter les taux pour tuer l'inflation, rendant le crédit immobilier inabordable pour l'Américain moyen. Pour un analyste froid, Powell a fait le job : l'économie américaine ne s'est pas effondrée. Pour Trump, c'est un saboteur.
Mais le mandat de Powell court jusqu'en mai 2026. Légalement, le virer est un cauchemar constitutionnel. Alors, quelle est la stratégie ? L'usure. Et surtout, la préparation du terrain pour un successeur docile, voire la création d'un « cabinet fantôme » qui dicterait la politique monétaire par-dessus l'épaule des gouverneurs.
| Modèle Classique (Consensus) | Modèle Trumpiste (Rupture) |
|---|---|
| Priorité à la stabilité des prix (2% inflation). | Priorité à la croissance et à l'emploi (Booster l'éco). |
| Décisions basées sur des données macro. | Décisions influencées par l'agenda politique. |
| Indifférence aux cycles électoraux. | Alignement sur le calendrier électoral. |
Le risque que personne ne veut voir
Le véritable danger n'est pas que Trump baisse les taux. Le marché, accro à l'argent gratuit, adorerait ça... pendant six mois. Le danger, c'est la réaction des bond vigilantes, ces investisseurs obligataires qui détiennent la dette américaine.
Si la Fed devient une succursale de la Maison Blanche, qui garantira que le dollar ne sera pas dévalué pour effacer la dette abyssale des États-Unis ? Si la confiance s'érode, les investisseurs étrangers (Chine et Japon en tête) pourraient se délester de leurs bons du Trésor. Résultat ? Les taux de marché exploseraient, indépendamment de ce que décide le président de la Fed.
Trump pense jouer aux échecs avec Jerome Powell. Mais en réalité, il joue au poker avec la crédibilité du dollar. Et dans ce casino-là, la banque ne gagne pas à tous les coups.


