Benjamin Lavernhe : l'anti-star qui a secrètement conquis le cinéma français
Il est partout, mais personne ne le voit venir. Loin des caprices de divas et des tapis rouges scénarisés, Benjamin Lavernhe opère un hold-up silencieux sur l'industrie. Coulisses d'une ascension méthodique qui rend les agents fous.

On va se dire la vérité : à Hollywood, un type comme lui finirait probablement en second rôle de luxe, l'ami drôle du héros ou le méchant intellectuel. Mais nous sommes en France, et Benjamin Lavernhe est en train de réécrire les règles du jeu, presque sans faire exprès. J'ai discuté récemment avec un producteur parisien influent (qui préfère rester anonyme pour ne pas froisser ses têtes d'affiche habituelles). Sa phrase ? « Benjamin, c'est l'assurance tous risques. Il coûte moins cher qu'une icône Instagram, mais il apporte une crédibilité immédiate au projet. »
C'est là tout le paradoxe Lavernhe. C'est l'acteur que tout le monde connaît, mais dont personne ne connaît vraiment la vie. Et croyez-moi, dans ce milieu accro au buzz, c'est une anomalie.
Le sceau royal de la Comédie-Française
Il ne faut pas s'y tromper : son pass VIP, c'est le Français. Être sociétaire de la Comédie-Française, c'est comme avoir un passeport diplomatique dans le cinéma hexagonal. Ça permet de jouer un marié hystérique dans Le Sens de la fête tout en gardant une aura de sérieux inébranlable.
Là où certains acteurs s'épuisent à construire une « marque » sur les réseaux sociaux, Lavernhe utilise les planches pour peaufiner sa technique. (On murmure d'ailleurs que certains réalisateurs vont le chercher à la sortie du théâtre Richelieu comme on irait débaucher un ingénieur de la NASA).
« Il a cette capacité effrayante à devenir transparent pour laisser passer la lumière du personnage. C'est le cauchemar des paparazzi, mais le rêve absolu des metteurs en scène. » – Un directeur de casting parisien.
Data : Le choc des générations
Pour bien comprendre comment il dynamite le système, regardons ce qui le sépare de la « vieille garde » du cinéma français. Ce n'est pas juste une question d'âge, c'est une question de philosophie.
| Critère | Le Star-System Classique | La Méthode Lavernhe |
|---|---|---|
| Gestion de l'image | Omniprésence, contrôle, polémiques | Invisibilité médiatique, focus travail |
| Choix des rôles | Le rôle doit servir l'acteur | L'acteur doit disparaître dans le rôle |
| Levier de négo | Nombre d'entrées passées | Prestige institutionnel |
L'élasticité comme arme fatale
Avez-vous remarqué ? Il peut incarner l'Abbé Pierre avec une gravité bouleversante, puis enchaîner sur une comédie romantique un peu légère sans jamais perdre en densité. C'est du délire. La plupart des acteurs sont coincés dans une case (le beau gosse, le rigolo, le ténébreux). Lavernhe, lui, a explosé les cloisons.
Est-ce que ça va durer ? C'est la question qui circule dans les dîners en ville. Le risque, pour un caméléon, c'est qu'à force de changer de couleur, on oublie sa teinte d'origine. Mais pour l'instant, sa stratégie du « profil bas, talent haut » paye. Il rappelle une époque révolue où le métier d'acteur consistait à jouer, pas à vendre des parfums.
Alors, redéfinit-il le star-system ? Peut-être pas totalement. Mais il prouve qu'on peut être au sommet de l'affiche sans vendre son âme au diable de la célébrité instantanée. Et ça, dans le cinéma français actuel, c'est la plus grande des subversions.


