Economy

CAC 40 : L'hallucination collective d'une élite déconnectée

On nous vend l'indice parisien comme le pouls de la nation. Foutaises. Quand la bourse grimpe, le moral des ménages stagne. Pourquoi ce divorce consommé entre la dalle de verre de la Défense et le portefeuille des Français ?

RC
Robert ChaseJournalist
February 20, 2026 at 05:01 PM2 min read
CAC 40 : L'hallucination collective d'une élite déconnectée

C'est un rituel médiatique aussi vieux que le capitalisme : le journal de 20 heures s'ouvre sur un CAC 40 qui flirte avec les sommets, et le présentateur affiche un sourire entendu, comme si cette courbe verte allait magiquement remplir votre frigo. Pourtant, février 2026 nous offre un spectacle d'une ironie mordante. L'indice parisien se maintient au-dessus des 8 100 points, tandis que l'indice de confiance des ménages, lui, plafonne péniblement à 90 (bien loin de sa moyenne historique de 100). Cherchez l'erreur.

La vérité, c'est que le CAC 40 n'est plus un baromètre national depuis longtemps. C'est une vitrine d'exportation. Utiliser la santé de LVMH pour juger du moral de la Creuse, c'est comme utiliser la température à Dubaï pour savoir s'il faut mettre un manteau à Paris. C'est absurde, et pourtant, tout le monde joue le jeu.

« La bourse n'est pas le reflet de l'économie réelle, c'est le reflet de la liquidité mondiale qui cherche un endroit où se poser. »

Regardons les chiffres en face, sans le filtre rose des communiqués financiers. Les mastodontes qui composent cet indice réalisent l'écrasante majorité de leur chiffre d'affaires hors de nos frontières. Quand la Chine éternue, le CAC 40 s'enrhume ; quand la France déprime, le CAC 40 hausse les épaules et regarde ailleurs. Ce n'est pas du cynisme, c'est de la comptabilité.

EntrepriseSecteurPart du CA réalisée en France (est.)Dépendance à l'étranger
LVMHLuxe~8%Massive (Asie/USA)
TotalEnergiesÉnergie~22%Très élevée
L'OréalCosmétiques~10%Mondiale
AirbusAéronautique< 15%Mondiale

Ce tableau devrait être affiché dans toutes les rédactions économiques. Il explique pourquoi la "bonne santé" de nos champions ne ruisselle que très peu sur le moral des Français. Les dividendes record ? Ils existent, certes. Mais pour le citoyen lambda, l'inflation cumulée de ces trois dernières années reste la seule courbe qui compte vraiment.

Le véritable indicateur de la peur française n'est pas le cours de l'action Schneider Electric, mais le taux d'épargne. En ce début 2026, l'intention d'épargne des ménages touche des sommets historiques. On ne consomme pas, on thésaurise. On blinde le Livret A comme on construirait un bunker. C'est ça, la réalité du "baromètre de confiance".

Alors, faut-il se réjouir quand le CAC prend 10% ? Pour les fonds de pension, oui. Pour la souveraineté économique, peut-être. Mais pour mesurer la confiance du pays ? Autant lire l'avenir dans le marc de café. Le divorce est consommé, et il serait temps d'arrêter de prétendre que ce couple fait encore chambre commune.

RC
Robert ChaseJournalist

Journalist specializing in Economy. Passionate about analyzing current trends.