Cantal : Le miracle de la "Silicon Valley verte" est-il une hallucination ?
On nous vend l'Eldorado rural et la revanche des territoires. Mais derrière la hype des néo-ruraux et des espaces de coworking au pied des volcans, les chiffres racontent une histoire bien plus complexe. Autopsie d'un buzz.
⚡ L'essentiel
Le département joue la carte de l'hyper-attractivité post-Covid, affichant un solde migratoire positif inédit. Pourtant, la dépendance aux aides publiques et le vieillissement structurel de la population menacent ce modèle. Le Cantal est-il un laboratoire du futur ou un Ehpad à ciel ouvert maquillé en start-up nation ?
Depuis trois ans, les brochures touristiques et les agences d'attractivité nous saturent le cerveau avec la même rhétorique : le Cantal serait devenu le nouveau spot incontournable des cadres parisiens en burn-out. (Vous voyez le tableau : ordinateur portable sur une botte de foin, vue sur le Puy Mary, connexion 5G imaginaire).
Soyons sérieux deux minutes. Si l'image d'Épinal a changé, la réalité économique, elle, est plus têtu qu'une vache Salers.
L'illusion optique du solde migratoire
Oui, il y a plus d'arrivées que de départs. C'est factuel. Mais qui arrive ? Regardons les données brutes, pas les communiqués de presse. La majorité des nouveaux arrivants ne sont pas des entrepreneurs de la Tech prêts à lever des millions, mais des retraités ou des actifs en quête de pouvoir d'achat immobilier. C'est louable, mais cela ne crée pas de valeur ajoutée immédiate pour le tissu industriel local.
L'attractivité ne se mesure pas au nombre de likes sur une photo Instagram d'un buron enneigé, mais au nombre de créations d'entreprises pérennes à J+3 ans. Et là, le bât blesse.
Le match des infrastructures : David contre Goliath (sans la fronde)
On nous promet la fibre partout. La réalité ? C'est un patchwork. Si Aurillac ou Saint-Flour tiennent la route, essayez d'envoyer un WeTransfer de 2 Go depuis un hameau isolé du Cézallier un jour de vent. Le coût de la mobilité est l'autre grand absent du discours officiel. L'immobilier est bas ? Certes. Mais avez-vous calculé le budget carburant pour accéder aux services publics qui, eux, continuent de se raréfier ?
| Indicateur | La Promesse (Marketing) | La Réalité (Terrain) |
|---|---|---|
| Immobilier | "Une maison pour le prix d'un parking parisien" | Vrai, mais attention aux passoires thermiques (DPE G) coûteuses à rénover. |
| Connectivité | "Télétravail sans limite" | Zones blanches persistantes dès qu'on quitte les axes majeurs. |
| Emploi | "Plein emploi technique" | Tensions fortes : on cherche des bras (bâtiment, agriculture), pas des consultants SEO. |
L'économie présentielle : un piège doré ?
Le département mise tout sur l'économie présentielle (tourisme, services à la personne). C'est une stratégie risquée. Pourquoi ? Parce qu'elle dépend entièrement du bon vouloir des consommateurs extérieurs et des transferts sociaux. Une récession nationale ? Le tourisme trinque. Une baisse des pensions ? Les services à la personne s'effondrent. Le Cantal manque cruellement d'un tissu industriel diversifié capable d'exporter et de générer sa propre richesse, au-delà du formidable (mais limité) secteur agroalimentaire.
👀 Le pari risqué de la data : Le Cantal peut-il devenir un hub numérique ?
C'est la marotte de certains élus : attirer des data centers grâce au climat frais (refroidissement naturel) et à l'énergie hydroélectrique. Sur le papier, c'est brillant. Dans les faits, l'éloignement des dorsales internet majeures crée une latence que les géants du cloud ne peuvent pas toujours se permettre. Pour l'instant, cela reste un marché de niche, pas le moteur d'une révolution industrielle locale.
L'attractivité du Cantal est réelle, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. La qualité de vie y est indéniable pour qui cherche le calme. Mais arrêtons de confondre qualité de vie et dynamisme économique structurel. Le département vit une perfusion démographique bienvenue, mais n'a pas encore résolu l'équation de sa souveraineté économique.


