Economy

Concerts ou Racket ? La mainmise invisible de Ticketmaster

Derrière l'excuse de l'offre et la demande se cache une mécanique de monopole impitoyable. Analyse d'un système où le fan n'est plus un passionné, mais un portefeuille à saigner.

SB
Sacha BourseJournalist
January 12, 2026 at 09:11 AM4 min read
Concerts ou Racket ? La mainmise invisible de Ticketmaster

Vous avez essayé d'acheter des places pour Oasis ? Ou pour Taylor Swift avant cela ? Si vous avez fini par hypothéquer un rein ou simplement par abandonner, rage au ventre, devant une file d'attente virtuelle interminable, bienvenue au club. On nous vend la narration officielle : c'est la loi du marché, l'engouement est sans précédent, les artistes doivent vivre. Foutaises. Ce à quoi nous assistons n'est pas une simple inflation, c'est une gentrification orchestrée de la culture populaire par un hégémon glouton : le couple Live Nation-Ticketmaster.

Il faut arrêter de naïveté deux minutes. L'augmentation des prix n'est pas (seulement) due à la hausse du coût de l'énergie ou des techniciens. Elle est le fruit d'un algorithme prédateur et d'une position dominante que même le Département de la Justice américain commence (enfin) à trouver indigeste.

La fable de la « Tarification Dynamique »

Le grand coupable désigné, c'est le « Dynamic Pricing ». On vous explique que c'est comme pour les avions ou les Uber : plus il y a de demande, plus c'est cher. Sauf qu'un concert n'est pas un trajet en VTC un soir de pluie. C'est une expérience émotionnelle unique, pas un service utilitaire. En appliquant cette logique boursière à l'art, Ticketmaster a transformé le fan en trader malgré lui. Le but affiché ? Couper l'herbe sous le pied des revendeurs au marché noir (les scalpers). Le résultat réel ? Ticketmaster devient le scalper.

« Pourquoi laisser les profits aux revendeurs illégaux quand nous pouvons, nous-mêmes, presser le citron jusqu'à la dernière goutte ? » — C'est, en substance, la philosophie non-dite qui régit désormais la billetterie mondiale.

Le système est pervers : il crée une panique artificielle. La barre de chargement n'avance pas, les places « Standard » disparaissent, et soudain, il ne reste que des billets « Platinum » à 400 euros qui, dix minutes plus tôt, en valaient 80. C'est de l'ingénierie psychologique, ni plus ni moins.

L'anatomie d'un braquage

Regardons les chiffres en face. Ce qui indigne le plus, ce n'est pas tant le prix de l'artiste (qui mérite salaire), mais la mille-feuille de frais annexes qui transforme un billet onéreux en produit de luxe. Voici à quoi ressemble la réalité d'un panier moyen pour un show en stade aujourd'hui :

Poste de dépenseMontant (Est.)Justification officielle
Prix Facial (Artiste)80,00 €Cachet, production, sécu
Frais de service22,50 €Gestion de la plateforme (?)
Frais de lieu (Facility fee)8,00 €Entretien du stade
Ajustement "Platinum"+ 150,00 €"Offre et demande"
TOTAL PAYÉ260,50 €Pour une place en fosse...

Vous remarquez l'absurdité ? Les frais de service sont souvent calculés en pourcentage. Cela coûte-t-il plus cher en électricité et en serveur de vendre un billet à 500 euros qu'un billet à 50 euros ? Absolument pas. C'est une rente de situation.

La complicité silencieuse des artistes

Ne nous leurrons pas : Ticketmaster joue aussi le rôle parfait du méchant utile. Les artistes (ou leurs managers) ont souvent la main sur l'activation de la tarification dynamique. Ils peuvent la refuser (comme The Cure l'a tenté, avec difficulté). Mais beaucoup laissent faire, trop heureux d'encaisser des chèques record tout en laissant la plateforme prendre la foudre sur Twitter. C'est un jeu de dupes.

Vers une culture de l'entre-soi ?

La conséquence la plus grave n'est pas économique, elle est sociétale. Le concert, jadis rite de passage démocratique, devient un marqueur de classe. On ne va plus voir Beyoncé parce qu'on connaît les paroles, on y va parce qu'on peut se le permettre. La fosse, autrefois lieu de sueur et de mélange social, devient un carré VIP géant. Si l'accès à la culture live est conditionné par l'épaisseur du portefeuille, on tue lentement ce qui rendait la musique pop... populaire. Le monopole de Live Nation ne se contente pas de vider nos comptes, il aseptise nos émotions.

SB
Sacha BourseJournalist

Journalist specializing in Economy. Passionate about analyzing current trends.