Courbis l'Insubmersible : Pourquoi le foot français ne peut pas se passer du « Coach »
Il a survécu à la jungle des présidents, aux écoutes téléphoniques et à la révolution de la Data. Alors que la Ligue 1 se cherche une âme, Rolland Courbis reste ce repère gouailleur, mélange de sagesse tactique et de roublardise. Portrait d'un indispensable survivant.

C’est une fréquence, un grésillement familier, et puis cette voix. Rocailleuse, traînante, qui semble avoir mariné dans le soleil de la Méditerranée et la fumée des cigares d’après-match. Quand Rolland Courbis prend le micro, ou le sifflet, le temps se suspend un peu. On n'écoute pas une analyse technique, on écoute une histoire. (Et Dieu sait qu'il en a à raconter).
Pour comprendre le phénomène Courbis, il faut oublier les tableaux Excel et les « expected goals » qui inondent le football moderne. Rolland, c'est l'anti-thèse du coach d'ordinateur portuaire. C'est l'humain, dans ce qu'il a de plus faillible et de plus génial.
« Le football, c'est comme la cuisine. Si tu as des bons ingrédients mais que tu ne sais pas doser le sel, c'est immangeable. Moi, je suis là pour l'assaisonnement. » — Une philosophie Courbisienne (souvent paraphrasée).
Le pompier de service (et de génie)
Pourquoi, en 2024, le nom de Courbis revient-il encore dès qu'un banc de touche chauffe en Ligue 1 ou en National ? Parce que le football français, sous ses airs de start-up nation qui vend des droits TV imaginaires, est en manque cruel de repères. Les présidents paniquent. Ils voient des entraîneurs conceptuels échouer à motiver des vestiaires cosmopolites.
Alors on appelle Rolland. Ou du moins, on y pense très fort.
Son super-pouvoir ? Le pragmatisme absolu. Là où un jeune tacticien va s'obstiner à faire jouer une relance courte à des défenseurs aux pieds carrés, Courbis va regarder son effectif, hausser les épaules, et inventer un système bâtard qui, miraculeusement, tient la route. Il l'a fait à Bordeaux, à Marseille (qu'il a ramené en finale de Coupe d'Europe, ne l'oublions jamais), à Montpellier. C'est le roi du bricolage de luxe.
Le Match : Technocrates vs Courbis
Le football a changé, c'est indéniable. Mais le « Coach » a su garder une pertinence là où d'autres dinosaures se sont éteints. Comparons l'approche moderne à la méthode Courbis :
| L'Entraîneur 2.0 | La Méthode Courbis |
|---|---|
| S'appuie sur la Data et les stats xG. | S'appuie sur le « flair » et l'humeur du vestiaire. |
| Langage corporel contrôlé, communication verrouillée. | Bons mots, liberté de ton, séduit les journalistes. |
| Cherche à imposer son système. | Adapte le système aux joueurs disponibles (même les blessés). |
Une ombre nécessaire
Bien sûr, tout n'est pas rose. On ne peut pas évoquer Rolland sans parler de « la caisse noire » de Toulon ou des comptes de l'OM qui l'ont mené derrière les barreaux. Mais paradoxalement, cette tache sur le CV a renforcé son aura. Dans un pays qui adore détester ses élites lisses, Courbis est devenu le bandit sympathique, celui qui a payé sa dette et qui est revenu plus fort, plus sage.
Il incarne une forme de résilience brutale. Il a été joueur, entraîneur, prisonnier, consultant star. Qui d'autre peut se targuer d'une telle trajectoire ?
Aujourd'hui, sur RMC, il n'est plus seulement un consultant. Il est le « Grand-Père » du foot français. Celui qui explique à la nouvelle génération que, non, le football ne s'est pas inventé avec Pep Guardiola. Il rappelle que ce sport reste une affaire d'hommes, d'ego et de gestion psychologique. Tant que le football français aura besoin d'une âme (et d'un bon mot), l'inoxydable Coach sera là, au coin du bar ou au bout des ondes, prêt à nous expliquer pourquoi tel changement tactique à la 60ème minute était une hérésie.


