France-Nigeria : Le mariage de raison (et de panique) de l'Élysée
Chassée du Sahel, la France tente un pivot brutal vers le géant nigérian. Mais derrière les sourires diplomatiques et les promesses d'investissement, Paris ne serait-il pas en train de surestimer sa main face à un Lagos qui n'a besoin de personne ?

On nous vend ça comme le renouveau de la diplomatie française en Afrique. Un « partenariat d'égal à égal », des accolades chaleureuses entre Emmanuel Macron et Bola Tinubu, et cette promesse d'un avenir radieux bâti sur la tech et la culture. C'est mignon. Mais si l'on gratte un peu le vernis des communiqués officiels, la réalité est beaucoup plus crue : la France est en mode survie en Afrique de l'Ouest, et le Nigeria est sa bouée de sauvetage.
Soyons clairs : ce rapprochement n'est pas un choix du cœur, c'est une conséquence directe du fiasco sahélien. Bamako, Ouagadougou et Niamey ayant claqué la porte au nez de l'armée et de la diplomatie françaises (avec pertes et fracas), Paris se retrouve orphelin de sa zone d'influence historique.
Le calcul de l'Élysée est mathématique, presque cynique : si nous ne pouvons plus contrôler le « pré carré » francophone, misons tout sur le seul pays qui pèse réellement économiquement, même s'il parle anglais.
Lagos, le plan B de luxe ?
Le pivot vers le Nigeria ressemble à s'y méprendre à une fuite en avant. Pourquoi ? Parce que le rapport de force a changé. La France n'arrive plus en terrain conquis. Le Nigeria, c'est un marché de 220 millions d'habitants qui se fiche pas mal de la nostalgie coloniale française. Ils ont leurs propres problèmes (et ils sont massifs).
Regardons les chiffres. Paris tente de compenser la perte d'influence politique par un poids économique. Mais est-ce que ça tient la route ?
| Indicateur | Zone Sahel (Mali/Burkina/Niger) | Nigeria |
|---|---|---|
| PIB (approx.) | ~50 Mds $ (cumulés) | ~400 Mds $ |
| Langue des affaires | Français (en recul) | Anglais (dominant) |
| Ressource clé pour la France | Uranium (avant) | Pétrole & Gaz (TotalEnergies) |
Le mirage économique
C'est là que le bât blesse. On nous parle de la French Tech qui s'installe à Lagos, de partenariats culturels vibrants. Très bien pour la photo. Mais la réalité du business au Nigeria, ce n'est pas une promenade de santé sur les Champs-Élysées. C'est l'hyper-volatilité du Naira, une inflation qui frôle les 30%, et une insécurité juridique qui ferait passer n'importe quel investisseur prudent pour un casse-cou.
Les géants français comme TotalEnergies sont là depuis longtemps, oui. Ils tiennent la baraque. Mais les PME françaises ? Elles hésitent. (Et on les comprend). S'imaginer que la France va remplacer son influence politique perdue au Sahel par une domination économique au Nigeria est une illusion d'optique. Les Chinois sont déjà là. Les Américains aussi. Les Indiens contrôlent des pans entiers de l'industrie.
Diplomatie ou désespoir ?
La France cherche à se rassurer. En serrant la main de Tinubu, Macron envoie un message : « Regardez, nous sommes toujours pertinents en Afrique ». Mais Lagos n'est pas dupe. Le gouvernement nigérian prendra ce qu'il a à prendre — investissements, coopération militaire ponctuelle — sans rien céder sur sa souveraineté.
Le risque pour Paris ? Avoir troqué une influence politique directe (mais contestée) contre une influence économique fragile, dans un pays trop grand et trop complexe pour être piloté depuis les salons parisiens. Le Nigeria n'est pas le nouveau pré carré. C'est une jungle concurrentielle où la France n'est qu'un joueur parmi d'autres.

