Grève SNCF : Le rituel de février (et l'hypocrisie qui va avec)
Le calendrier est aussi précis qu'une horloge suisse, contrairement aux trains. Un nouveau préavis menace les vacances de février. Au-delà de la colère des voyageurs, ce mouvement révèle une fracture que ni les primes ni les tweets rassurants ne suffisent à colmater.

On aimerait croire au hasard. Se dire que si le préavis tombe pile pour les zones A et B, c'est une malheureuse coïncidence calendaire. Mais soyons sérieux deux minutes : le dépôt de ce nouveau préavis de grève à la SNCF relève d'une chorégraphie aussi vieille que le rail lui-même. La direction joue la carte de la « porte ouverte », les syndicats celle du « dernier recours », et au milieu, l'usager compte ses RTT en espérant un miracle.
Pourtant, réduire ce mouvement à une simple envie de nuire ou à une « prise d'otage » (le terme favori des éditorialistes pressés) serait une erreur d'analyse grossière. Ce qui se joue ici, c'est l'héritage d'une transformation forcée.
La vérité dérangeante ? La fragmentation de l'entreprise publique en multiples filiales rend le dialogue social aussi fluide qu'un TER en panne de caténaire par moins dix degrés.
Le dialogue de sourds (version décodeur)
Officiellement, on parle de salaires. C'est le sujet facile, celui qui passe bien au 20h. Mais grattez un peu le vernis. La réalité est structurelle. Depuis le démantèlement effectif de Fret SNCF et l'ouverture à la concurrence qui s'accélère (avez-vous vu passer les trains italiens ou espagnols sur nos lignes ?), le cheminot lambda a l'impression d'être une variable d'ajustement dans un tableau Excel géant.
On assiste à une guerre d'usure. Les syndicats (SUD-Rail et la CGT en tête) ne se battent plus seulement pour du pouvoir d'achat, mais pour l'existence même d'un statut commun qui s'effrite.
| Le Discours Officiel | La Réalité du Terrain |
|---|---|
| « Nous proposons une hausse historique des rémunérations. » | L'inflation réelle (alimentaire, énergie) a souvent grignoté ces hausses avant même qu'elles n'arrivent sur la fiche de paie. |
| « La continuité du service est notre priorité. » | Le manque de personnel technique (et pas juste de conducteurs) oblige déjà à supprimer des trains hors grève. |
| « L'ouverture à la concurrence améliore l'offre. » | Elle fragmente surtout le réseau et complexifie la maintenance, créant de nouvelles frictions sociales. |
L'usager : payeur, mais pas décideur
Et nous dans tout ça ? L'usager a vu le prix de ses billets flamber ces deux dernières années. On lui a vendu la technologie, la vitesse, l'écologie. Résultat ? Il se retrouve avec une application SNCF Connect qui a fini par marcher (après combien de mois ?) mais avec un service humain qui disparaît des gares.
Ce préavis est un symptôme, pas la maladie. Tant que l'État actionnaire demandera à la SNCF d'être rentable comme une start-up tout en assurant une mission de service public digne des années 80, la friction sera inévitable. La grève de février n'est pas une anomalie. C'est la nouvelle norme d'un système à bout de souffle qui ne sait plus comment se réformer sans casser de la vaisselle.
Alors, préparez vos plans B. Car si les négociations échouent (et les postures actuelles ne poussent pas à l'optimisme), ce ne sont pas les communiqués de presse qui feront rouler les trains.
In the same category


