Jacquot, Doillon : Panique VIP et fin de règne dans les dîners parisiens
Ils savaient. Tout le monde savait. Mais depuis la mise en examen de Benoît Jacquot et la croisade de Judith Godrèche, l'omerta du cinéma français ne se fissure pas : elle explose. Récit confidentiel d'une industrie qui tremble pour son chéquier.

Il y a encore deux ans, dans les cocktails feutrés du 6e arrondissement, on levait son verre au « génie tourmenté » de nos auteurs. On souriait poliment aux caprices des monstres sacrés, murmurant entre la poire et le fromage que « c'est le prix de l'art ». Aujourd'hui ? L'ambiance a changé. Les sourires sont crispés, les téléphones sont posés face contre table, et surtout, on rase les murs.
L'affaire Benoît Jacquot n'est pas juste un fait divers judiciaire ; c'est l'onde de choc qui a transformé la Grande Famille du cinéma français en un panier de crabes angoissés.
L'Artiste, ce totem qui ne protège plus
Pendant des décennies, le cinéma d'auteur français a bénéficié d'un laissez-passer moral absolu. L'argument était imparable : on ne juge pas un artiste comme un comptable. Mais la prise de parole de Judith Godrèche a brisé ce pacte tacite. Ce n'est plus la plainte d'une actrice isolée, c'est le procès d'un système. (On se souvient tous de ce documentaire où Jacquot assumait, face caméra, l'interdit comme moteur de création. À l'époque, ça passait pour de l'audace. Aujourd'hui, ça ressemble à un aveu).
« Soyons clairs : ce n'est pas la morale qui est en train de nettoyer le cinéma français, c'est la peur du risque assurantiel. Un réalisateur mis en examen, c'est un film qui ne se monte pas. »
C'est là que le bât blesse vraiment. Ce que la justice met du temps à traiter, l'argent le règle en une semaine. J'ai discuté avec des producteurs qui, hier encore, défendaient la « liberté de création » et qui, aujourd'hui, scrutent le casier judiciaire de leurs réalisateurs avec la paranoïa d'un agent du KGB. L'impunité n'est plus rentable.
Dans les coulisses : le grand nettoyage (forcé)
Sur les plateaux, l'atmosphère est électrique. La figure du coordinateur d'intimité, longtemps vue comme une lubie puritaine venue d'Amérique, est devenue le bouclier indispensable. Non pas pour protéger les acteurs (enfin, si, officiellement), mais pour protéger la production contre un procès.
👀 Ce qui a vraiment changé sur les plateaux depuis 2024
1. La clause de moralité inversée : Les contrats incluent désormais des clauses permettant de débarquer un technicien ou un réalisateur au moindre signalement crédible.
2. Le coordinateur d'intimité roi : Avant, on se moquait d'eux. Maintenant, aucune scène de nu ne se tourne sans leur validation écrite. C'est la nouvelle ceinture de sécurité.
3. La "Blacklist" invisible : Officiellement, elle n'existe pas. Officieusement, les directeurs de casting s'échangent les noms des "profils à risque". Si votre nom circule, votre téléphone ne sonne plus.
La commission d'enquête parlementaire a fini d'enfoncer le clou. Voir le CNC (Centre National du Cinéma) menacer de couper les vivres aux productions qui ne respectent pas des normes éthiques strictes, c'est une révolution copernicienne pour un milieu habitué à s'auto-réguler (c'est-à-dire à ne rien réguler du tout).
Et maintenant ?
Benoît Jacquot est mis en examen. Jacques Doillon reste dans la tourmente. Mais au-delà des hommes, c'est le mythe de la muse adolescente et du pygmalion tout-puissant qui est en train de crever. Certains diront que c'est la fin d'une époque. D'autres, plus lucides, diront qu'il était temps que le cinéma français sorte de son déni adolescent pour devenir enfin adulte.
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