Ligue 1 : Le syndrome Gasset ou la faillite intellectuelle du football français
L'inoxydable technicien est encore là, au chevet de Montpellier. Si l'homme force le respect, son omniprésence souligne surtout la frilosité terrifiante des présidents de clubs.

C’est devenu un rituel, presque une tradition folklorique, comme la galette des rois ou la défaite du PSG en huitièmes (pardon, c'est gratuit). Un club français panique, le classement s'effondre, les supporters grondent, et soudain, un nom surgit du chapeau. Toujours le même. Jean-Louis Gasset. À 70 ans passés, l'homme à la casquette vissée est de retour à Montpellier. Encore.
Ne vous méprenez pas : personne ne remet en cause la bonhomie du personnage ou sa capacité à câliner des égos froissés. Mais ce retour éternel pose une question qui dérange : le football français a-t-il renoncé à penser ?
« On ne m'appelle jamais pour me dire que tout va bien, que le club est premier et qu'on veut juste boire un café. On m'appelle quand ça brûle. » — Jean-Louis Gasset (conférence de presse, OM, 2024).
La dictature du court-termisme
Le choix de Gasset, c’est le choix de la peur. C’est le refus obstiné de l’innovation tactique au profit de l'affect. Laurent Nicollin, en rappelant l'enfant du pays pour sauver le MHSC, ne cherche pas à bâtir un projet de jeu (ce serait trop long, trop risqué). Il cherche un électrochoc. Un défibrillateur humain.
Regardez l'Allemagne. Regardez l'Italie. Quand un club moyen sombre, on voit émerger des profils de trente ans, des tacticiens biberonnés à la data, des paris audacieux. En France ? On ressort les vieux briscards. On veut du « meneur d'hommes », comme si le football professionnel n'était qu'une affaire de motivation dans le vestiaire et non une guerre d'espaces et de transitions. C’est une vision romantique, certes, mais terriblement datée.
L'homme providentiel... vraiment ?
Soyons cyniques deux minutes. Si la méthode Gasset est infaillible pour éteindre un incendie, elle ne construit jamais la maison ignifugée qui va avec. C'est du « one shot ». Le pompier éteint le feu, repart, et souvent, six mois plus tard, les braises reprennent car structurellement, rien n'a changé.
Ce tableau montre une vérité crue : Gasset est un excellent pansement. Mais quand on a une fracture ouverte (comme c'est le cas à Montpellier, lanterne rouge avec une défense en carton-pâte), un pansement suffit-il ?
Le refus de la modernité
Le problème n'est pas Gasset. Le problème, c'est l'absence d'alternative crédible dans l'esprit des dirigeants. Pourquoi un club comme Montpellier, qui a pourtant révélé des talents incroyables, est-il incapable de sortir un jeune coach du centre de formation ou de scouter un technicien étranger prometteur ?
Parce que la Ligue 1 est un championnat de conservateurs. On préfère mourir avec des idées qu'on connaît (la « grinta », le « commando ») plutôt que de vivre avec des idées qu'on ne maîtrise pas. Jean-Louis Gasset est la couverture de sécurité d'un football français qui a froid. Et tant que les présidents trembleront, le téléphone de « Papy » continuera de sonner.


