Marseille : Benoît Payan peut-il survivre à son propre mythe ?
Derrière les coups d'éclat médiatiques et le duel permanent avec l'État, le maire de Marseille joue une partition risquée. Analyse froide d'un bilan où la communication peine parfois à masquer les nids-de-poule.

On le dit souvent : à Marseille, tout est excessif. Même les attentes. Benoît Payan, socialiste devenu l'incarnation du « Printemps Marseillais » après le pas de côté de Michèle Rubirola, le sait mieux que quiconque. Il a bâti sa légende sur une rhétorique de combat : David contre le Goliath parisien, le maire du peuple contre les technocrates.
Mais à l'approche du couperet de 2026, la posture du tribun commence à montrer ses limites. La « méthode Payan » est-elle une révolution systémique ou un brillant exercice de prestidigitation politique ?
« Gérer Marseille, c'est comme piloter un paquebot avec un moteur de hors-bord. On fait beaucoup de bruit, beaucoup d'écume, mais on avance doucement. » – Un ancien élu de la majorité.
L'équation impossible du « Marseille en Grand »
Regardons les chiffres en face, sans le filtre Instagram de la mairie. Le plan « Marseille en Grand », ce pacte faustien signé avec Emmanuel Macron, promettait des milliards pour les écoles et les transports. Sur le papier, c'est historique. Dans la réalité ? Les grues tardent à arriver.
Payan joue ici un jeu dangereux. En s'affichant comme le partenaire exigeant du Président, il a lié son destin à l'argent de l'État. Si les écoles ne sont pas rénovées à temps, qui les Marseillais blâmeront-ils ? Le lointain locataire de l'Élysée ou celui qui a juré, la main sur le cœur, que « tout allait changer » ? (Spoiler : l'électeur a la mémoire courte et la rancune locale).
| Le Dossier | La Promesse (Le Rêve) | Le Grain de Sable (La Réalité) |
|---|---|---|
| Logement | Fin de l'habitat indigne et chasse aux marchands de sommeil. | Les procédures s'enlisent, et la gentrification (qui chasse les plus pauvres) s'accélère. |
| Sécurité | Police municipale doublée et vidéoprotection intelligente. | Face au narcobanditisme international, la police municipale pèse peu. |
| Transports | Désenclavement des Quartiers Nord. | La Métropole (dirigée par la droite) tient les cordons de la bourse. Payan n'a pas la main. |
La carte de la victimisation : jusqu'à quand ?
C'est la grande spécialité de la maison : quand ça coince, c'est la faute de la Métropole (Martine Vassal) ou de l'État (Gérald Darmanin et ses successeurs). Stratégiquement, c'est habile. Cela permet de surfer sur le sentiment anti-centraliste très fort à Marseille.
Mais cette mécanique s'use. L'insécurité galopante, avec ces règlements de compte qui ne choquent même plus les journaux télévisés, ne se résoudra pas par des tweets indignés. Les habitants des quartiers nord, électorat clé du Printemps Marseillais, commencent à demander des comptes. La « dette sociale » que la gauche avait promis d'effacer s'alourdit, et le risque d'une démobilisation massive dans ses bastions est réel.
Un second mandat sur un champ de mines
Alors, Benoît Payan est-il condamné ? Loin de là. Il possède un atout majeur : l'absence d'adversaire crédible et unifié en face. La droite marseillaise est encore en convalescence, et l'extrême droite, bien que menaçante, peine à trouver une figure locale rassembleuse.
Pour rempiler, le maire devra cependant opérer une mutation douloureuse : passer du statut de « premier opposant à Paris » à celui de bâtisseur concret. Moins de coups de menton, plus de coups de pioche. Car à la fin, on ne vit pas dans des éléments de langage.