Environment

Mondial 2026 : Le braquage écologique d’un tournoi sous stéroïdes

104 matchs, trois pays, et des milliers de kilomètres en avion. Derrière les sourires de la FIFA, l'addition salée du "Mondial XXL" se prépare. Et ce n'est pas le foot qui va payer.

HS
Hannah ScottJournalist
January 15, 2026 at 01:01 AM3 min read
Mondial 2026 : Le braquage écologique d’un tournoi sous stéroïdes

On nous avait promis que le Qatar était une aberration écologique. Une parenthèse climatisée dans le désert, un caprice qu'on ne reverrait plus. Quelle naïveté. Si vous pensiez que 2022 était le fond du gouffre éthique et environnemental, attachez vos ceintures (littéralement, vous allez passer votre vie en avion) : l'édition 2026 s'annonce comme une catastrophe industrielle déguisée en fête populaire.

Le projet "United 2026" — États-Unis, Mexique, Canada — n'est pas seulement grand. Il est obèse. Gianni Infantino rêvait de "plus de football", il a surtout créé un monstre logistique qui défie toute logique climatique élémentaire.

La folie des grandeurs (et des distances)

Le problème n'est pas tant le football que l'échelle. On passe de 32 à 48 équipes. De 64 à 104 matchs. C'est une inflation de 62 % du volume de jeu, éparpillée sur un continent entier. La FIFA jure ses grands dieux qu'elle va organiser des "clusters" régionaux pour limiter les déplacements. Laissez-moi rire.

DonnéeMondial 2022 (Qatar)Mondial 2026 (USA/Mex/Can)
Équipes3248 (Le chaos)
Matchs64104
Distance max entre stades~70 km~4 500 km (Vancouver - Mexico)

Vous imaginez vraiment les supporters anglais, argentins ou japonais rester sagement dans leur "zone" ? Si votre équipe joue à Seattle puis à Kansas City, vous prenez l'avion. C'est mécanique. Le bilan carbone du transport, qui représente déjà 85 % des émissions d'un événement sportif majeur, va exploser tous les plafonds. On ne parle plus d'empreinte carbone ici, mais de cratère.

Les victimes qu'on ne voit pas à la télé

Au-delà du CO2 (cette dette invisible que personne ne veut payer), il y a les dommages collatéraux humains. On a beaucoup parlé des travailleurs migrants au Qatar. En Amérique du Nord, la violence est différente, plus insidieuse : c'est celle du marché.

Dans des villes comme Los Angeles, Miami ou Toronto, la crise du logement est déjà à un point de rupture. L'arrivée du cirque FIFA va accélérer une gentrification brutale. Les locations courte durée vont flamber, poussant les locataires précaires encore plus loin des centres-villes. C'est le nettoyage social par le prix. Le "peuple du football", celui qui chante dans les virages, n'aura de toute façon pas les moyens de se payer le billet d'avion, l'hôtel à 400 $ la nuit et la place de stade.

"Ce Mondial n'est pas conçu pour le fan de foot moyen. Il est conçu pour le consommateur globalisé capable de traverser trois fuseaux horaires pour acheter un maillot à 150 euros."

Et que dire des petits commerces locaux ? L'histoire se répète : la FIFA impose ses zones d'exclusion commerciale. Seuls les partenaires officiels (les géants de la fast-food et du soda) auront droit de cité autour des stades. Le vendeur de tacos de Mexico ou le food-truck de Philadelphie regarderont la fête derrière des barrières métalliques.

Le mirage de la neutralité

Bien sûr, on nous servira des rapports RSE brillants. On nous parlera de "compensation carbone" (planter des arbres qui mettront 20 ans à pousser pour compenser un vol effectué en 6 heures). C'est la grande hypocrisie de la décennie : vouloir une croissance infinie du spectacle dans un monde aux ressources finies.

Le gigantisme a un prix. Pour l'instant, la FIFA encaisse les chèques, et c'est le reste du monde qui prépare la monnaie.

HS
Hannah ScottJournalist

Journalist specializing in Environment. Passionate about analyzing current trends.