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myCANAL : L'illusion du choix ou la prison dorée du streaming ?

Canal+ ne veut plus être une simple chaîne cryptée, mais votre système d'exploitation culturel unique. Une stratégie d'agrégation brillante sur le papier, mais qui paie vraiment l'addition à la fin ? Analyse d'un monopole qui ne dit pas son nom.

RC
Robert ChaseJournalist
January 21, 2026 at 08:01 PM3 min read
myCANAL : L'illusion du choix ou la prison dorée du streaming ?

On nous avait promis la libération par le streaming. La fin du câble, la liberté de picorer nos programmes à la carte pour quelques euros. Quelle blague. Une décennie plus tard, nous voilà noyés sous une douzaine d'applications, jonglant avec les mots de passe comme des comptables dépressifs, pour une facture totale qui ferait passer l'ancien abonnement au câble pour une aubaine. Et au milieu de ce champ de ruines numérique ? Canal+.

Non, pas la chaîne de papa qui diffusait du porno le samedi soir. Mais myCANAL, la plateforme qui est en train d'opérer le hold-up du siècle sur nos salons. L'ambition de Maxime Saada et de l'empire Bolloré n'est pas de gagner la guerre du contenu (trop cher, trop risqué), mais de devenir le péage incontournable de l'autoroute.

"Dans l'économie de l'attention, celui qui tient l'agrégateur tient le couteau par le manche. Les autres ne sont que des ingrédients dans la soupe." – Un analyste média (qui préfère garder son anonymat).

Le mythe de la "Super-App" à la française

Observez la manœuvre : Canal ne se bat plus contre Netflix, Disney+ ou Apple TV+. Il les avale. En signant des chèques massifs pour intégrer ces services dans ses offres "Ciné Séries" ou "Rat+", le groupe français s'est transformé en super-agrégateur. C'est brillant, cynique et terriblement efficace. Pourquoi ? Parce que l'utilisateur est paresseux (et fauché). Plutôt que de payer quatre factures, il n'en paie qu'une, souvent remisée la première année.

Mais attention aux miroirs aux alouettes. Cette centralisation a un coût caché : la perte de valeur des plateformes individuelles. Quand Paramount+ ou Max (HBO) deviennent de simples onglets dans l'interface myCANAL, ils perdent leur identité de marque pour devenir du "contenu Canal". C'est une vampirisation en règle.

ComposantePrix Unitaire (Est.)Via Offre Intégrale Canal+
Netflix (Standard)13,49 €~ 79,99 € / mois*
*(Prix hors promo, engagement 24 mois)
Disney+ (Standard)8,99 €
Max (Standard)9,99 €
Apple TV+9,99 €
beIN SPORTS15,00 €
TOTAL THÉORIQUE~ 57,46 € (sans Canal!)L'illusion de l'économie

Le tableau ci-dessus révèle l'arnaque cognitive. Oui, le pack semble avantageux si vous consommiez déjà tout ça. Mais qui a réellement le temps de regarder cinq plateformes ? Le modèle économique de myCANAL repose sur le "foisonnement" : vous faire payer pour une abondance que vous ne consommerez jamais entièrement. C'est le retour du modèle du câble des années 90, mais avec une interface plus jolie.

Le sport : le véritable otage

Si le cinéma est le produit d'appel, le sport est les menottes. La gestion du dossier des droits de la Ligue 1 et de la Ligue des Champions a démontré la toute-puissance de la chaîne cryptée. En laissant DAZN se casser les dents sur le marché français (avec une offre trop chère et mal calibrée), Canal+ a joué la carte du "Moi ou le chaos". Résultat ? Ils récupèrent les morceaux de choix sans se saigner, tout en passant pour les sauveurs du football français.

Mais ne nous y trompons pas : cette position dominante est dangereuse. En étant le seul guichet viable pour le sport premium et le cinéma récent (grâce à une chronologie des médias qu'ils défendent bec et ongles), Canal+ tient le financement du cinéma français par les bourses. Si myCANAL décide de fermer le robinet ou de changer ses conditions, c'est tout l'écosystème culturel hexagonal qui tremble.

Alors, myCANAL est-il le futur du divertissement ? Sans doute. Mais un futur où le consommateur, sous couvert de simplicité, n'a plus qu'un seul interlocuteur pour dicter ce qu'il regarde et à quel prix. La télécommande n'a jamais été aussi simple, mais le fil qui la retient n'a jamais été aussi court.

RC
Robert ChaseJournalist

Journalist specializing in Economy. Passionate about analyzing current trends.