Panahi : Le martyr que l'Occident adore (mais que l'Iran étouffe)
Jafar Panahi a remporté la Palme d'Or 2025 et file vers les Oscars sous bannière française. Mais derrière les paillettes, ne sommes-nous pas en train de consommer sa souffrance plutôt que son cinéma ?

Soyons honnêtes deux minutes. Quand Jafar Panahi a soulevé sa Palme d'Or en mai dernier pour Un simple accident, la salle a pleuré, applaudi à tout rompre, et s'est donné bonne conscience. Le « dissident » était là. Le héros avait bravé les mollahs. C'était beau, c'était cinématographique.
Mais aujourd'hui, en ce début 2026, alors que le réalisateur est retourné de son plein gré dans la gueule du loup à Téhéran et qu'une nouvelle peine de prison lui pend au nez, il faut oser poser la question qui fâche : aimons-nous vraiment ses films, ou sommes-nous simplement accros au frisson de sa résistance ?
L'art ou l'alibi ?
Le cinéma de Panahi est brillant, personne ne dit le contraire. De Taxi Téhéran à Trois Visages, il a su transformer la contrainte technique en grammaire visuelle. (Ironiquement, la censure est devenue sa meilleure directrice artistique).
Cependant, la réception critique occidentale commence à tourner en rond. On analyse chaque plan non pas pour sa lumière ou son cadrage, mais comme un pied de nez au Guide Suprême. En réduisant Panahi à son statut d'opposant politique, on l'enferme dans une autre forme de prison : celle de l'artiste qui doit souffrir pour nous plaire. Si demain l'Iran devenait une démocratie apaisée, regarderait-on encore ses films avec la même ferveur ? C'est cruel, mais le doute est permis.
« Le régime iranien lui a pris sa liberté de mouvement, mais l'Occident risque de lui voler sa liberté artistique en ne voyant en lui qu'un symbole politique. »
Le bilan comptable de l'absurde
Pour comprendre la schizophrénie de sa situation, regardons les chiffres. C'est un jeu à somme nulle entre la gloire internationale et la répression nationale. Plus il brille ici, plus il sombre là-bas.
| Reconnaissance (Occident) | Sanction (Iran) |
|---|---|
| Lion d'Or (2000) | Interrogatoires répétés |
| Ours d'Or (2015) | Interdiction de tourner (20 ans) |
| Prix du Scénario Cannes (2018) | Restriction de mouvement |
| Palme d'Or (2025) | 1 an de prison + Ban voyage (2026) |
La France, terre d'asile... cinématographique ?
Le comble de l'ironie géopolitique ? C'est la France qui envoie le film aux Oscars en mars prochain. L'Iran, évidemment, ne l'aurait jamais sélectionné. Panahi se retrouve donc porte-étendard du soft power français face à Hollywood.
👀 Pourquoi la France peut-elle présenter un film iranien ?
C'est une astuce des règles de l'Académie. Pour concourir à l'Oscar du Meilleur Film International, un film doit avoir une part prépondérante de dialogues non-anglais (c'est le cas, c'est en farsi) et être soumis par un pays qui a participé significativement à la production. Un simple accident étant co-produit par des capitaux français, le CNC a sauté sur l'occasion, laissant l'Iran furieux mais impuissant.
Au final, Jafar Panahi est-il un réalisateur ou un diplomate malgré lui ? En retournant à Téhéran malgré les risques, il nous a donné la réponse. Il refuse le rôle de l'exilé de luxe à Paris. Il veut filmer son pays, quitte à le faire depuis une cellule. Et ça, c'est peut-être la seule leçon de cinéma qui compte vraiment.


