Procès RN : Et si l'inéligibilité était finalement son meilleur atout pour 2027 ?
Alors que son procès en appel s'ouvre ce matin, retour sur un paradoxe français : comment une condamnation censée la disqualifier a transformé Marine Le Pen en icône antisystème et propulsé le « plan B » Bardella.

⚡ L'essentiel
Le procès en appel de Marine Le Pen débute ce 13 janvier 2026. Condamnée en mars 2025 à 5 ans d'inéligibilité avec exécution provisoire, la leader du RN joue sa survie politique. Pourtant, loin de l'effondrement annoncé, cette séquence judiciaire a consolidé son socle électoral et accéléré la crédibilité de l'alternative Jordan Bardella. Analyse d'un effet boomerang.
On nous avait vendu le procès des assistants parlementaires comme le Nuremberg du lépenisme. Une machine judiciaire implacable qui, par la froideur du code pénal, allait « assainir » la vie politique française avant 2027. Soyons sérieux deux minutes : un an après le verdict de première instance, le Rassemblement National ne s'est jamais aussi bien porté. En voulant trancher la tête du chef, la justice a-t-elle involontairement renforcé le corps du monstre ?
Ce matin s'ouvre le procès en appel. Mais le véritable jugement, celui de l'opinion, semble déjà rendu. Et il n'a rien à voir avec le droit.
La fabrique du martyr (ou comment rater sa cible)
Rappelons les faits bruts du 31 mars 2025 : cinq ans d'inéligibilité, exécution provisoire. Techniquement, Marine Le Pen était « morte » politiquement. Dans les faits ? Elle a instantanément endossé le costume de la victime expiatoire. En politique, la persécution est un carburant bien plus puissant que la probité. Pour l'électeur RN de base (et même au-delà, si l'on regarde les reports de voix), peu importe que des fonds européens aient payé des gardes du corps ou des secrétaires. Ce qu'ils ont vu, c'est une justice perçue comme un bras armé du pouvoir tentant d'éliminer le favori des sondages.
« En démocratie, quand un juge débranche un candidat à 18 mois d'une présidentielle, il ne fait pas du droit, il fait, malgré lui, de la provocation politique. »
Le risque de l'inéligibilité a soudé le camp nationaliste comme jamais. Là où les débats sur le programme économique du RN divisaient, la « défense de la démocratie » contre les « juges rouges » (selon leur terminologie) a réuni toutes les chapelles. Résultat ? Une cagnotte militante qui explose et une base électorale radicalisée, prête à voter pour n'importe qui portant l'étiquette, juste pour faire un bras d'honneur au Tribunal de Paris.
Le paradoxe Bardella : l'hydre à deux têtes
C'est ici que l'analyse devient cynique. Si l'objectif inavoué de certains opposants était de briser la dynamique RN, l'échec est total. Pourquoi ? Parce que le RN de 2026 n'est plus le FN de 2002. Il a un banc de touche. L'épée de Damoclès sur la tête de Marine Le Pen a forcé le parti à crédibiliser en urgence l'option Jordan Bardella.
Ironie du sort : Bardella, n'étant pas directement impacté par la même menace immédiate d'inéligibilité présidentielle dans l'imaginaire collectif (bien que le parti soit touché), apparaît comme le recours « propre », moderne, délesté des vieilles affaires du « clan ». La justice a peut-être accéléré une transition générationnelle que Marine Le Pen elle-même repoussait.
| L'Intention Judiciaire (2025) | La Réalité Politique (2026) |
|---|---|
| Sanctionner des détournements de fonds publics. | Perçu comme une tentative d'élimination d'un opposant. |
| Inéligibilité pour empêcher la candidature Le Pen. | Montée en puissance immédiate de l'alternative Bardella. |
| Amendes lourdes pour affaiblir le parti. | Mobilisation record des donateurs (narratif de survie). |
Le temps judiciaire n'est pas le temps démocratique
Le problème de fond qui devrait nous inquiéter, au-delà du cas Le Pen, c'est la collision des calendriers. En jugeant en 2025/2026 des faits remontant à 2009-2016, la justice intervient en décalage complet. Elle sanctionne un « vieux » parti (le Front National) alors que l'électeur vote pour une « nouvelle » marque (le RN).
Si la Cour d'appel confirme l'inéligibilité en février, croyez-vous vraiment que les 35-40% d'électeurs potentiels du RN resteront chez eux ? Non. Ils se reporteront massivement sur le dauphin, validant l'adage : ce qui ne tue pas le mouvement le rend plus fort. La justice aura fait son travail, le droit sera dit. Mais politiquement, elle aura peut-être déroulé le tapis rouge à ce qu'elle pensait entraver.
