Reda Kateb : L'anti-star qui a refusé de devenir une caricature
Il aurait pu être l'éternel "voyou" du cinéma français ou le terroriste de service à Hollywood. Il a choisi d'être tout l'inverse. Décryptage d'une trajectoire hors-piste.

On ne devrait pas le dire trop fort, mais Reda Kateb est probablement l'acteur qui agace le plus les agents de stars à Paris. Pourquoi ? Parce qu'il dit non. Souvent. Surtout quand le chèque est gros et que le scénario sonne creux. (Une rareté, croyez-moi).
Depuis sa percée fulgurante dans Un Prophète, on a tout essayé : le mouler en méchant de blockbuster, le coincer dans le drame social misérabiliste, ou l'envoyer faire le clown triste dans des comédies balourdes. Échec total. Le mec est insaisissable. C'est l'histoire d'un type qui a décidé que son visage, cette "gueule" incroyable héritée d'une lignée d'artistes et d'écrivains (merci Kateb Yacine), ne servirait qu'une seule cause : le vrai.
« Je ne cherche pas à jouer des personnages, je cherche à attraper des silences. C'est là que tout se joue, quand personne ne parle. » – Reda Kateb (propos rapportés off-festival).
L'art de l'esquive hollywoodienne
Vous vous souvenez de lui dans Zero Dark Thirty ? Ou chez Ryan Gosling dans Lost River ? À ce moment-là, tout le monde à Los Angeles voulait le signer. Le téléphone sonnait pour des rôles de terroristes, de dealers internationaux, de types louches avec un accent. N'importe qui aurait sauté dans le premier avion pour s'acheter une villa à Malibu. Lui ? Il est rentré à Montreuil.
C'est ça, la "touch" Kateb. Il préfère tourner Hippocrate et porter une blouse blanche trop grande plutôt que de jouer les utilités dans un Marvel. Et c'est payant. Aujourd'hui, quand il arrive sur un plateau, l'équipe retient son souffle. Pas par peur (le gars est d'une douceur déconcertante), mais par respect. Il impose un rythme, une densité.
Passage derrière la caméra : le risque calculé
On l'attendait au tournant. Quand un acteur de cette trempe passe à la réalisation, c'est souvent pour se filmer le nombril sous une lumière flatteuse. Avec Sur un fil, son premier long-métrage, il a pris tout le monde à contre-pied. Le sujet ? Les clowns à l'hôpital.
Sur le papier, ça sentait le pathos à plein nez. À l'écran ? C'est une claque de pudeur. Il ne filme pas la maladie, il filme la vie qui résiste dans les couloirs javellisés. J'ai eu l'occasion de discuter avec un technicien du film : « Reda ne dirigeait pas comme un acteur, il dirigeait comme un documentariste. Il voulait que les rires soient aussi vrais que les larmes. »
👀 Le détail que peu de gens savent sur sa préparation
L'héritier qui ne s'excuse pas
Ce qui fascine, c'est cette capacité à être à la fois ultra-moderne et totalement intemporel. Il a cette élégance des acteurs des années 50, ceux qui n'avaient pas besoin d'Instagram pour exister. Il redéfinit ce que signifie être un "homme" dans le cinéma français contemporain : ni brute, ni victime, juste profondément humain, avec ses failles et ses silences.
Alors, est-ce qu'il va finir par accepter un rôle de super-héros ? Peu probable. Ou alors, ce sera un super-héros qui ne vole pas, qui ne porte pas de cape, et qui soigne les âmes avec un nez rouge. Et franchement, on préfère ça.
