Ryanair : Requiem pour le billet à 9€ (et vos droits avec)
Le week-end à Rome pour le prix d'un paquet de cigarettes, c'est fini. Derrière l'inflation officielle, une autre facture s'alourdit en silence : celle de votre dignité de passager.

Vous vous souvenez de cette époque bénie (ou maudite, c'est selon) où l'on pouvait traverser l'Europe pour le prix d'une pizza ? Ce temps est révolu. Et ce n'est pas une spéculation de comptoir : c'est Michael O'Leary, le patron iconoclaste de Ryanair, qui a lui-même signé l'acte de décès du billet à 10 euros. Mais si l'augmentation faciale des tarifs est le sujet dont tout le monde parle, le véritable hold-up se joue ailleurs, dans les zones grises de nos réservations et le dédale des réclamations.
La fin de l'abondance (aérienne)
Le modèle low-cost historique reposait sur une promesse simple : des avions pleins à craquer, des aéroports secondaires au milieu de nulle part, et des tarifs d'appel défiant toute logique économique. Aujourd'hui, la machine s'enraye. Le carburant flambe, les taxes environnementales s'empilent (la fameuse « taxe Chirac » en France a bon dos), et Ryanair prévient : le tarif moyen glisse inexorablement vers les 50 euros. Est-ce la fin du modèle ? Pas du tout. C'est sa mutation la plus cynique.
« Je pense qu'il n'y aura plus de billets à dix euros car les cours pétroliers sont bien plus élevés. On ne va plus avoir ces tarifs pendant un certain nombre d'années. » — Michael O'Leary
L'aveu est presque touchant de franchise. Mais il masque une réalité comptable plus brutale : le billet d'avion n'est plus le produit. Le produit, c'est vous, et votre propension à payer pour éviter l'inconfort.
L'algorithme de l'inconfort
Désormais, le prix affiché est un leurre. Un mirage numérique destiné à vous faire entrer dans l'entonnoir de vente. Une fois captif, la véritable extraction de valeur commence. Bagage cabine ? Payant. Choix du siège (pour ne pas être séparé de votre enfant de 4 ans) ? Payant. Carte d'embarquement non imprimée ? Amende salée. C'est ce qu'on appelle pudiquement les « revenus ancillaires ». En 2024, ils pèsent près de 23€ par passager. Multipliez cela par 184 millions de passagers, et vous comprenez que votre valise rapporte plus que votre siège.
| Poste de dépense | Le Mirage (Prix d'appel) | La Réalité (Coût final) |
|---|---|---|
| Vol Aller-Simple | 14,99 € | 14,99 € |
| Bagage Cabine (10kg) | -- | 24,00 € |
| Choix du Siège | -- | 16,00 € |
| Frais d'enregistrement (oubli) | -- | 55,00 € |
| TOTAL | 14,99 € | 109,99 € |
Le naufrage silencieux du service client
Mais le véritable scandale n'est pas tant financier que juridique. Avez-vous déjà essayé de vous faire rembourser un vol annulé par Ryanair ? L'expérience s'apparente à un parcours du combattant conçu par Kafka. La compagnie a érigé un « mur numérique » entre elle et ses obligations.
Alors que le règlement européen 261/2004 est censé protéger les passagers, la stratégie de l'usure est devenue la norme. Les délais de réponse s'allongent, les formulaires sont introuvables, et l'usage de bots rend tout dialogue humain impossible. Plus inquiétant encore : la compagnie mène une guerre ouverte contre les intermédiaires (comme Skycop ou Flightright) qui tentent d'aider les passagers à récupérer leur dû, allant jusqu'à refuser certaines réclamations si elles ne viennent pas directement du client (épuisé). Pendant que les profits s'envolent (+34% en 2024), le droit des passagers, lui, reste cloué au sol. Le message est clair : vous avez payé peu cher, n'espérez pas être traité comme un client.


