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SNU : Le mirage coûteux de la cohésion par l'uniforme

Faire marcher la jeunesse au pas pour "réparer" la nation ? L’exécutif mise tout sur le Service National Universel. Sauf que derrière la belle image d'Épinal, la facture s'annonce salée et l'efficacité sociétale, plus que douteuse.

ML
Maxime L'HémicycleJournalist
January 12, 2026 at 12:41 PM3 min read
SNU : Le mirage coûteux de la cohésion par l'uniforme

C’est une image qui plaît terriblement en haut lieu. Des adolescents alignés, menton haut, casquette vissée sur la tête, chantant la Marseillaise à pleins poumons. Une carte postale d'une France réconciliée, ordonnée, presque docile. Le Service National Universel (SNU) n'est plus seulement un projet pilote : c'est devenu le laboratoire idéologique d'un pouvoir qui cherche désespérément à "refaire nation". Mais soyons sérieux deux minutes (et regardons ce qui se cache sous le tapis).

L'idée de restaurer une forme de conscription *light* pour brasser les classes sociales part d'un constat juste : on ne se mélange plus. Les fils de cadres sup' restent entre eux, les quartiers populaires aussi. Mais croire qu'on peut inverser trente ans de ségrégation territoriale et scolaire avec douze jours de séjour de cohésion et un uniforme beige, c'est au mieux de la naïveté, au pire du cynisme électoral.

L'arithmétique du symbole

Si l'on met de côté la symbolique républicaine pour sortir la calculatrice, le malaise s'installe. Le déploiement généralisé du SNU représente un coût pharaonique. On parle de milliards d'euros par an en régime de croisière. Pour quoi ? Pour de l'hébergement, des encadrants (qu'on peine déjà à recruter) et des trousseaux.

Pendant ce temps, l'Éducation nationale craque de partout, les profs manquent à l'appel et les bâtiments scolaires prennent l'eau. C'est là tout le paradoxe de l'Analyste Sceptique que je suis : on investit massivement dans une parenthèse de douze jours, tout en laissant s'effriter le quotidien des dix autres années de scolarité.

IndicateurRéalité du TerrainPromesse Officielle
Coût par jeuneEnv. 2 000 € (logistique lourde)Investissement d'avenir
EncadrementPénurie d'animateurs qualifiésMilitaires et éducateurs d'élite
Impact SocialÉphémère (retour au réel brutal)Brassage social durable

La mixité express, ça n'existe pas

Le gouvernement vend le SNU comme l'antidote au séparatisme. L'idée ? Mettre le jeune de Neuilly dans la même chambrée que celui de la Courneuve. Sur le papier, c'est beau. Dans la réalité, c'est une colonie de vacances républicaine où l'on gomme les différences par l'uniforme le temps d'une photo.

Le risque, c'est de confondre le déguisement avec la solution. Enfiler le même polo ne gomme pas les inégalités de destin qui reprennent leurs droits dès la sortie du centre.

Dès que le stage est fini, chacun rentre chez soi. L'un reprendra ses cours particuliers, l'autre retrouvera un lycée en zone prioritaire où les options sont limitées. La cohésion nationale ne se décrète pas par la contrainte. Elle se construit par la justice sociale, l'accès à l'emploi et la promesse tenue de l'égalité des chances. Trois chantiers bien plus complexes que d'organiser des levées de drapeaux à 7 heures du matin.

Une autorité en trompe-l'œil

Pourquoi cet acharnement ? Parce que le SNU est le symptôme d'un pouvoir qui pense que l'autorité est une esthétique. En remettant du "vertical", du "militaire", on espère mater une jeunesse perçue comme indisciplinée. C'est une vision datée, qui rassure surtout un électorat vieillissant nostalgique d'un service militaire qu'ils ont souvent détesté à l'époque.

Ce laboratoire de la contrainte risque de produire l'inverse de l'effet escompté : braquer une partie de la jeunesse qui y verra une corvée inutile plutôt qu'un engagement citoyen. Si l'objectif est de créer du commun, il faudrait peut-être commencer par leur demander ce qu'ils veulent construire, plutôt que de leur imposer comment ils doivent se tenir.

ML
Maxime L'HémicycleJournalist

Journalist specializing in Politics. Passionate about analyzing current trends.