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Tom Félix libre : ce que le Quai d'Orsay ne vous dira pas sur l'acquittement

Derrière les larmes de joie à Alor Setar et la "victoire du droit", une mécanique diplomatique de l'ombre s'est jouée. Récit confidentiel d'un sauvetage qui a failli déraper.

SJ
Sarah JenkinsJournalist
February 3, 2026 at 11:01 AM3 min read
Tom Félix libre : ce que le Quai d'Orsay ne vous dira pas sur l'acquittement

Vous avez vu les images. Ce mardi 3 février 2026, Tom Félix, chemise blanche et traits tirés, tombe dans les bras de ses parents. La juge Evawani Farisyta Mohammad vient de prononcer les mots magiques : acquitté et libéré. Fin du cauchemar malaisien. Officiellement ? La justice a triomphé, le dossier était vide. Officieusement ? C'est une partie d'échecs beaucoup plus complexe qui vient de se terminer. Asseyez-vous, on ferme la porte.

Il faut comprendre une chose : en Malaisie, on ne badine pas avec 1,8 kilo de cannabis. Même si la peine de mort n'est plus systématique, elle reste l'épée de Damoclès favorite des procureurs locaux. Alors, comment un ex-cadre de Veolia, arrêté en août 2023, s'en sort-il indemne après 900 jours d'un enfer carcéral où l'on dort à même le sol ?

On ne sort pas d'une prison malaisienne simplement parce qu'on est innocent. On en sort parce que quelqu'un, quelque part, a décidé que le coût diplomatique d'une condamnation devenait trop élevé.

J'ai pu échanger avec des proches du dossier. Ce qui a fait basculer la table, ce n'est pas seulement l'absence d'empreintes ou d'ADN sur les sachets (un classique). C'est le profil de l'avocat, François Zimeray. L'homme ne défend pas des clients, il mène des croisades. Ancien ambassadeur chargé des droits de l'Homme, il a transformé ce fait divers local en une épine dans le pied du gouvernement malaisien. À Kuala Lumpur, on commençait à trouver le temps long. La Malaisie, qui cherche à redorer son image auprès des investisseurs européens (et français), n'avait aucun intérêt à faire de Tom le martyr d'une justice archaïque.

Et puis, il y a ce détail qui change tout. Le fameux "colocataire".

👀 [Le rôle trouble de l'associé malaisien]
C'est la clé de voûte de l'acquittement. Tom Félix vivait avec un partenaire commercial local. Dès le début, cet associé aurait dédouané le Français, admettant (à demi-mot ou explicitement selon les phases de l'enquête) que la drogue trouvée dans les parties communes était la sienne. Pourquoi la police a-t-elle insisté pendant deux ans et demi contre Tom ? Pression du chiffre ? Incompétence ? Ou volonté de faire un exemple avec un occidental ? Ce qui est sûr, c'est que sans cet aveu initial (et le travail acharné de la défense pour le faire valoir), la diplomatie française n'aurait eu aucun levier.

Jean-Noël Barrot, au ministère des Affaires étrangères, a poussé un "ouf" de soulagement très sonore ce matin. Mais ne vous y trompez pas : Paris a retenu son souffle jusqu'à la dernière seconde. On sait que les audiences avaient été reportées maintes fois pour des motifs douteux (procureur malade, dossier égaré). C'était la technique de l'usure.

Tom Félix est libre, oui. Mais il laisse derrière lui 30 mois de sa vie volés par une accusation bancale. C'était le prix à payer pour que la face soit sauve des deux côtés : la justice malaisienne a montré sa sévérité (la détention provisoire interminable) et sa clémence (l'acquittement final). Tout le monde est content ? Pas sûr que Tom, amaigri et marqué, voit les choses ainsi. Il rentre en France, mais une partie de lui est restée dans cette cellule surpeuplée d'Alor Setar.

SJ
Sarah JenkinsJournalist

Journalist specializing in World. Passionate about analyzing current trends.