MGEN et réforme de la Sécu : le pari risqué qui menace la solidarité
Derrière la promesse d'une prise en charge par l'État, la mutuelle historique des profs joue sa survie. Analyse d'un séisme social où les gagnants ne sont peut-être pas ceux qu'on croit.

On nous vend ça comme une victoire historique. Enfin, l'État-employeur va mettre la main à la poche pour payer la mutuelle des profs. « 50% de prise en charge », clament les communiqués officiels avec un enthousiasme presque suspect. Sur le papier, c'est formidable. Mais quand on gratte un peu le vernis de cette Réforme de la Protection Sociale Complémentaire (PSC), le tableau est nettement moins rose pour la MGEN et, par ricochet, pour notre conception française de la solidarité.
Car ne nous y trompons pas : ce qui se joue ici, ce n'est pas juste une ligne sur une fiche de paie. C'est la fin programmée d'un modèle unique.
La fin de l'exception culturelle... et sociale
Jusqu'à présent, la MGEN fonctionnait sur un principe quasi-révolutionnaire dans le monde de l'assurance : on payait selon ses moyens, pas selon son risque (ni son âge). Un jeune prof en bonne santé payait pour le retraité malade. C'était beau, c'était solidaire, c'était l'ADN du système.
Avec la PSC, l'État impose un appel d'offres. C'est la mise en concurrence brutale. La MGEN, ce mastodonte de 4 millions d'adhérents souvent jugé trop lourd, se retrouve dans la fosse aux lions face aux assureurs privés et aux startups de l'AssurTech qui n'attendaient que ça. Vous croyez vraiment qu'Axa ou Alan viennent pour la beauté du geste ?
| Critère | Modèle Historique (MGEN) | Nouveau Modèle (PSC) |
|---|---|---|
| Cotisation | % du salaire (Solidarité) | Forfaitaire (Risque/Âge) |
| Adhésion | Facultative (mais culturelle) | Obligatoire |
| Gagnants | Retraités, bas salaires | Cadres sup, jeunes actifs |
Les retraités sacrifiés sur l'autel de la rentabilité ?
C'est là que le bât blesse. Si le panier de soins devient standardisé pour répondre aux critères de l'appel d'offres du Ministère, qu'advient-il des retraités ? Ils sortent du contrat collectif obligatoire des actifs. La MGEN promet de ne pas les lâcher, mais les lois du marché sont têtues (et cruelles). Sans l'apport massif des cotisations des jeunes actifs captifs du contrat groupe, comment maintenir des tarifs décents pour les seniors ?
La solidarité intergénérationnelle, c'était le ciment du système. Avec la réforme, on passe d'une logique de corps social à une logique comptable pure.
Le groupe Vyv, auquel appartient la MGEN, tente de rassurer. Ils parlent de « continuité », de « valeurs mutualistes ». Mais peut-on garder ses valeurs quand on doit s'aligner sur des concurrents qui n'ont pas les mêmes scrupules éthiques ? La MGEN a déjà dû augmenter ses tarifs en 2024 et 2025, signe que la pression financière est intenable sans changement structurel.
L'ombre de la cyber-menace
Comme si ce bouleversement tectonique ne suffisait pas, la confiance est érodée. La gestion de la cyberattaque massive (via les tiers payants Viamedis/Almerys) a laissé des traces. Des millions de données exposées. Pour une mutuelle qui se veut le tiers de confiance absolu, la pilule est amère.
Alors, faut-il brûler la MGEN ? Non. Mais il faut arrêter de croire que la réforme PSC est un cadeau gratuit. C'est un changement de paradigme. Les enseignants vont peut-être gagner quelques euros net par mois à court terme, mais ils risquent de perdre un filet de sécurité bien plus large à long terme. La protection sociale française s'américanise par petites touches, et ce dossier en est l'illustration parfaite.


