Société

Alexandre Jardin : Le Don Quichotte 2.0 que la France mérite (ou pas)

Il veut réparer la France avec la même fièvre qu'il écrit ses romances. Mais derrière le sourire du Zèbre et les appels à la révolte citoyenne, l'agitation d'Alexandre Jardin produit-elle du concret ou seulement du vent ?

MC
Myriam CohenJournaliste
14 janvier 2026 à 20:353 min de lecture
Alexandre Jardin : Le Don Quichotte 2.0 que la France mérite (ou pas)

On a parfois l'impression qu'il a bu trop de café. Ou qu'il vit dans une réalité accélérée où chaque problème complexe de l'Hexagone peut se régler par une accolade virile et un mouvement de foule. Alexandre Jardin n'est pas seulement l'auteur de Le Zèbre ou de Fanfan ; c'est une plaque tournante d'énergie civique qui tourne parfois à vide.

Dans une France paralysée par ses certitudes administratives, il a choisi d'être le caillou dans la chaussure des énarques. Mais au-delà de la posture sympathique de l'écrivain-citoyen, que reste-t-il vraiment de ses croisades ?

« Les diseux ne feront rien, ce sont les faiseux qui sauveront ce pays. » – Un mantra jardinien qui claque comme un slogan de start-up.

Le syndrome du sauveur (sans mode d'emploi)

Jardin, c'est l'anti-Jacobin par excellence. Pour lui, l'État est un dinosaure obèse incapable de se mouvoir sans écraser les initiatives locales. Le diagnostic est séduisant (qui aime faire la queue à la préfecture ?), mais le remède laisse souvent perplexe. Avec son mouvement Bleu Blanc Zèbre, il a tenté de fédérer la société civile.

L'idée ? Court-circuiter le politique. Faire faire. C'est brillant sur le papier. Mais sur le terrain ? On a vu beaucoup de bruit médiatique, des plateaux télévisés où il s'emporte avec une sincérité désarmante, mais peu de transformations structurelles. L'analyste froid est obligé de poser la question qui fâche : l'addition des bonnes volontés locales suffit-elle à remplacer une politique publique ? Spoiler : rarement.

L'ombre du grand-père

Impossible de décrypter l'agitation jardinienne sans ouvrir le placard familial. En publiant Des gens très bien, il a dynamité le tabou de son grand-père, Jean Jardin, le « Nain Jaune » de Vichy, collaborateur de Pierre Laval. Ce n'est pas un détail biographique, c'est la clé de voûte de sa psyché.

Alexandre court. Il court pour effacer la honte, pour prouver que le nom Jardin peut servir la République plutôt que de la trahir. Cette frénésie de « faire le bien » ressemble parfois à une expiation publique. C'est touchant, certes, mais cela donne à son engagement politique une teinte névrotique. Veut-il sauver la France, ou sauver les Jardin ?

Le Jardin RomancierLe Jardin Agitateur
Maître de la légèreté et de la passion amoureuse.Maître de la colère civique et de l'urgence.
Vend des millions d'exemplaires (succès quantifiable).Recueille peu de parrainages en 2017 (échec quantifiable).
Inspire par le rêve et l'utopie.S'épuise contre la réalité bureaucratique.

L'échec de 2017 : le plafond de verre

Rappelez-vous sa tentative de candidature à la présidentielle de 2017. Un crash test grandeur nature. Le système qu'il dénonce l'a recraché. Pourquoi ? Pas seulement parce que le système est verrouillé (il l'est), mais parce que l'incantation ne fait pas un programme. Jardin a découvert à ses dépens que l'enthousiasme ne remplace pas la logistique.

Alors, est-il inutile ? Absolument pas. Alexandre Jardin est le bouffon du roi nécessaire (au sens noble du terme). Il pointe les absurdités, il secoue le cocotier, il force les technocrates à lever le nez de leurs fichiers Excel. Il ne construira probablement pas la France de demain, mais il empêche celle d'aujourd'hui de s'endormir totalement sur ses lauriers fanés.

MC
Myriam CohenJournaliste

Le pouls de la rue, les tendances de demain. Je raconte la société telle qu'elle est, pas telle qu'on voudrait qu'elle soit. Enquête sur le réel.