Gaz russe : Le grand bluff de l'indépendance européenne
Officiellement, le robinet est coupé. Officieusement ? Les méthaniers russes n'ont jamais été aussi nombreux dans nos ports. Décryptage d'une addiction qui a simplement changé d'état gazeux.

On aimerait tous croire à la belle histoire. Celle d'une Europe vertueuse qui, le poing levé et le thermostat baissé, aurait définitivement sevré son économie des hydrocarbures du Kremlin. Les graphiques officiels sont formels : les flux par gazoduc ont chuté drastiquement. Bravo ? Pas si vite. Si l'on gratte un peu le vernis des communiqués de presse de Bruxelles, on découvre une réalité bien plus gazeuse, littéralement.
Le fantôme du gaz russe ne hante pas seulement nos factures ; il s'est matérialisé sous une autre forme. Il est passé de l'état gazeux dans un tuyau à l'état liquide dans un bateau. Bienvenue dans l'ère de l'hypocrisie du GNL (Gaz Naturel Liquéfié).
Le tour de passe-passe logistique
Vous pensiez que sanctionner Moscou signifiait ne plus rien leur acheter ? Erreur. L'Union Européenne n'a jamais imposé d'embargo total sur le gaz russe, contrairement au pétrole. Pourquoi ? Parce que le pragmatisme économique (ou la peur des émeutes du froid) l'emporte toujours sur la morale géopolitique.
Alors que les caméras étaient braquées sur les gazoducs sabotés ou fermés, une flotte fantôme de méthaniers a pris le relais. L'Espagne, la Belgique et la France sont devenues, parfois malgré elles, les nouvelles portes d'entrée du gaz sibérien.
"Le gaz n'a pas de passeport. Une fois regazéifié dans un terminal à Dunkerque ou Bilbao et injecté dans le réseau commun, il devient 'européen'. C'est le blanchiment moléculaire parfait."
Ce mécanisme permet à tout le monde de garder la face. Les politiques peuvent clamer que nous ne sommes plus dépendants de Gazprom, tandis que les industriels continuent d'acheter du gaz russe (souvent via Novatek, le géant privé russe) parce qu'il reste compétitif face au gaz de schiste américain.
Des chiffres qui dérangent
Regardons les données froidement. Si l'on compare la situation avant-guerre et la situation actuelle, la bascule est flagrante. Ce n'est pas une disparition, c'est une mutation.
| Vecteur d'importation | Situation 2021 (Avant-guerre) | Situation 2025-2026 (Estimée) |
|---|---|---|
| Gazoducs (Pipelines) | Dominant (Nord Stream, Yamal...) | Marginal (Flux résiduels via l'Ukraine/Turquie) |
| GNL (Bateaux) | Faible | Explosion (+40% vers l'UE) |
| Coût pour le client | Stable (Contrats long terme) | Volatil (Indexé sur le marché mondial) |
L'Europe, hub de réexportation ?
Le plus cynique dans cette affaire ? Une partie de ce GNL russe qui débarque dans nos ports n'est même pas consommée sur place. Des pays comme l'Espagne ou la Belgique servent de hubs logistiques. Le gaz arrive de l'Arctique russe, est transbordé, et repart... parfois vers d'autres destinations hors UE, ou est redistribué à nos voisins (qui peuvent alors jurer, la main sur le cœur, qu'ils n'achètent pas russe).
Cette dépendance cachée maintient une perfusion financière vers Moscou. Certes, les volumes ne sont plus ceux de 2021, et les revenus russes ont baissé. Mais l'idée d'une coupure totale est un mythe. Nous payons une "prime de moralité" sur nos factures (le coût des infrastructures GNL et du gaz américain), tout en laissant la porte arrière entrouverte pour le gaz russe discount.
Alors, la prochaine fois que vous regarderez votre facture d'énergie grimper, posez-vous la question : payez-vous le prix de la liberté, ou le prix d'une transition énergétique qui n'a pas encore le courage de ses ambitions ? L'hiver sera froid, et le réalisme politique, lui, est glacial.
L'argent ne dort jamais, et moi non plus. Je dissèque les marchés financiers au scalpel. Rentabilité garantie de l'info. L'inflation n'a aucun secret pour moi.


