JO 2026 : Le Slopestyle à Livigno, ou quand la gravité devient une option
Oubliez les chronomètres. À Milano Cortina, la médaille se jouera sur une créativité suicidaire, une esthétique TikTok et une neige artificielle qui divise.

Fermez les yeux une seconde. Vous êtes à Livigno, février 2026. Le thermomètre affiche -12°C, mais le rider en haut du parcours ne sent rien. Ni le froid, ni la foule qui hurle en bas au Mottolino Fun Mountain. Dans ses écouteurs, probablement du trap agressif ou du punk rock californien. Devant lui ? Une structure de glace et d'acier qui ressemble plus à un niveau de Tony Hawk’s Pro Skater qu'à une piste de ski conventionnelle. C'est ça, le slopestyle : le seul endroit aux JO où avoir l'air détendu en risquant sa vie est un critère de notation.
Mais derrière le show, les Jeux de Milano Cortina s'apprêtent à marquer un tournant brutal. Le snowboard, cet enfant terrible devenu la poule aux œufs d'or du CIO, fait face à sa propre crise de croissance.
La dictature de la toupie (et pourquoi c'est un problème)
Il y a une décennie, on s'émerveillait devant un triple cork. C'était l'apogée. Aujourd'hui ? C'est l'échauffement. Pour espérer l'or en 2026, il faudra défier la physique avec des rotations qui donnent la nausée rien qu'à les regarder au ralenti. On ne parle plus de style, mais de mathématiques aériennes.
Regardez l'évolution vertigineuse de ce que les juges attendent :
| Ère Olympique | Rotation "Standard" pour l'Or | L'enjeu principal |
|---|---|---|
| Sochi 2014 | 1440 (4 tours) | Le Style (« Sage Kotsenburg effect ») |
| Pékin 2022 | 1800 (5 tours) | La Précision technique |
| Milano 2026 (Projection) | 1980 voire 2160 (6 tours !) | La Survie articulaire |
Cette course à l'armement pose une question éthique que personne ne veut vraiment aborder en conférence de presse : jusqu'où peut-on pousser le corps humain avant que le spectacle ne devienne un jeu de massacre ? Les genoux des athlètes de 20 ans grincent déjà comme ceux de vétérans. (Et je ne vous parle même pas des commotions cérébrales passées sous silence pour ne pas rater le sponsor).
Marcus Kleveland, le prodige norvégien, ou Su Yiming, le héros chinois, ne sont plus juste des riders. Ce sont des gymnastes de l'extrême qui doivent replaquer l'impossible sur une surface dure comme du béton.
« Le public veut du sang ou de la magie. En 2026, si tu ne tournes pas comme un hélicoptère, tu es invisible. Le romantisme du snowboard est mort, vive la gymnastique aérienne. »
L'or blanc n'est plus si blanc
L'autre enjeu, moins glamour mais tout aussi tranchant, se trouve sous leurs planches. Livigno est une station magnifique, certes. Mais organiser des JO d'hiver en 2026 dans un monde qui se réchauffe est une acrobatie logistique absurde.
Les modules de slopestyle nécessitent des volumes de neige titanesques. Pas juste un peu de poudreuse, mais des tonnes de mètres cubes compactés. À Milano Cortina, une grande partie de cette neige sera artificielle. On va pomper de l'eau, utiliser de l'énergie, pour construire des tremplins éphémères qui fondront au printemps.
C'est là tout le paradoxe sociétal de cette épreuve : le snowboard, historiquement lié à la nature et à la liberté, devient le symbole d'une industrie du ski qui lutte pour sa survie à coup de canons à neige. Le rider de 2026 n'est plus un hippie des cimes, c'est un acteur dans un studio à ciel ouvert climatisé artificiellement.
La culture "Core" contre le grand public
Alors, pourquoi regardera-t-on ? Parce que c'est beau. Parce que c'est télégénique. Le format est taillé pour Instagram et TikTok. Un run dure 40 secondes, c'est parfait pour notre capacité d'attention de poisson rouge.
Mais ne vous y trompez pas : il y aura deux compétitions à Livigno. Celle des juges, avec leurs grilles de points froides et analytiques. Et celle du peuple, qui sacrera celui ou celle qui aura le plus de "flow", même s'il finit 4ème. C'est l'éternelle guerre civile du snowboard : le sport contre l'art. En 2026, plus que jamais, la médaille d'or ne sera peut-être pas celle qui comptera le plus dans l'histoire.
Tactique, stats et mauvaise foi. Le sport se joue sur le terrain, mais se gagne dans les commentaires. Analyse du jeu, du vestiaire et des tribunes.

