Économie

TotalEnergies : Le vert à moitié vide des promesses climatiques

La justice a condamné le géant pétrolier pour greenwashing. Mais derrière le choc médiatique, les milliards continuent de pleuvoir sur le pétrole.

SG
Stéphane GuérinJournaliste
1 avril 2026 à 10:012 min de lecture
TotalEnergies : Le vert à moitié vide des promesses climatiques

Vous avez sûrement vu ces immenses panneaux publicitaires. (Ceux avec des éoliennes qui tournent au ralenti sous un ciel d'un bleu immaculé). Depuis son changement de nom en 2021, TotalEnergies déploie un storytelling fascinant : celui d'un géant pétrolier repenti, prêt à sauver le climat. Mais que disent réellement les bilans comptables quand on coupe le son du marketing ?

En octobre 2025, le couperet est tombé. Le tribunal judiciaire de Paris a condamné la multinationale pour pratiques commerciales trompeuses. Une première mondiale. La justice a mis un mot juridique sur ce que les scientifiques hurlaient dans le vide : le greenwashing.

Pourquoi ce jugement historique peine-t-il à infléchir la trajectoire de la major ? Regardons les chiffres en face. L'entreprise promet la neutralité carbone d'ici 2050. Fantastique, non ? Sauf que pour la période 2026-2030, la firme prévoit encore de consacrer 75 % de ses investissements à l'exploration et la production de pétrole et de gaz.

"La justice a tranché : on ne peut plus vendre de la neutralité carbone quand on continue de forer frénétiquement la planète."

Comparons simplement la vitrine et l'arrière-boutique :

IndicateurLe mythe publicitaireLa réalité financière (2024-2026)
Production globaleActeur majeur de la transitionPlus de 97 % d'origine fossile
Capitaux (2026-2030)Virage massif vers le vert75 % dédiés aux hydrocarbures
ActionnariatPression ESG (Critères environnementaux)94 % d'approbation pour le PDG en 2025

Qu'est-ce que cela change fondamentalement pour les marchés ? Absolument rien. (C'est bien là le cynisme de la situation). Lors de l'assemblée générale de 2025, une écrasante majorité d'actionnaires a adoubé la stratégie de Patrick Pouyanné. La raison est purement mathématique : des milliards d'euros de dividendes versés chaque année. Le marché achète de la rentabilité fossile, pas des promesses éoliennes.

Qui paie l'addition de ce double jeu ? Pendant que les tribunaux parisiens infligent des injonctions qui écornent l'image de la marque, les projets d'extraction s'accélèrent au Sud. Le mégaprojet EACOP en Ouganda ou les installations gazières au Mozambique continuent de redessiner des régions entières, bien loin des préoccupations d'un consommateur européen persuadé de rouler au "vert".

À quel moment cesserons-nous de confondre une plaquette publicitaire avec un rapport du GIEC ? La transition énergétique de TotalEnergies ressemble aujourd'hui à un mirage savamment orchestré. La vraie question n'est plus de savoir si l'entreprise ment, les juges y ont répondu. La question est : pourquoi faisons-nous semblant d'y croire ?

SG
Stéphane GuérinJournaliste

L'argent ne dort jamais, et moi non plus. Je dissèque les marchés financiers au scalpel. Rentabilité garantie de l'info. L'inflation n'a aucun secret pour moi.