Économie

Villeroy de Galhau : le mirage d'une victoire monétaire

Le gouverneur de la Banque de France crie victoire sur l'inflation. Mais derrière les chiffres flatteurs, le moteur économique européen tousse. L'atterrissage en douceur promis ne cache-t-il pas une stagnation durable ?

SG
Stéphane GuérinJournaliste
9 février 2026 à 14:053 min de lecture
Villeroy de Galhau : le mirage d'une victoire monétaire

François Villeroy de Galhau est un homme de certitudes, ou du moins, il en joue le rôle à la perfection. En ce début de février 2026, le message du gouverneur de la Banque de France est limpide, presque martial : la guerre contre l'inflation est gagnée. Circulez, il n'y a plus rien à voir, si ce n'est une baisse des taux qu'il appelle de ses vœux pour éviter de « faire trop peu, trop tard ».

Sur le papier, les chiffres lui donnent raison. L'inflation est revenue dans les clous, l'euro se maintient face au dollar (malgré les tweets rageurs de la Maison Blanche contre la Fed), et la catastrophe annoncée n'a pas eu lieu. Mais permettez-moi de jouer les trouble-fêtes : et si cette « victoire » était en réalité un échec structurel masqué par des effets d'aubaine ?

« Sauf choc improbable, remonter les taux en 2026 est une théorie fantaisiste. La victoire contre l'inflation est acquise. » – François Villeroy de Galhau, Février 2026.

Cette déclaration, prononcée avec l'assurance d'un chirurgien qui vient de recoudre le patient, omet un détail gênant : le patient respire encore, certes, mais il ne bouge plus. L'économie européenne ne « s'envole » pas vers un nouvel âge d'or ; elle flotte péniblement juste au-dessus de la ligne de flottaison de la récession.

La victoire par KO... de l'industrie ?

Le scepticisme est de mise quand on analyse les moteurs de cette désinflation. Est-ce vraiment la magie des taux directeurs de la BCE qui a opéré ? Ou est-ce l'afflux massif de produits chinois à bas coûts (véhicules électriques, technologie, acier) qui a mécaniquement fait baisser les prix en Europe ?

Villeroy de Galhau le reconnaît à demi-mot en évoquant les « importations désinflationnistes », mais il se garde bien de souligner la contrepartie : la destruction de valeur industrielle sur le Vieux Continent. Célébrer une inflation à 1,7 % alors que l'Allemagne frôle la désindustrialisation et que la France peine à tenir ses déficits publics tient de l'aveuglement sélectif.

IndicateurNiveau 2024 (Pic)Niveau Fév. 2026Diagnostic
Inflation Zone Euro2.6% - 3.0%1.7%Cible atteinte (Officiel)
Croissance PIB (Trim.)~0.3%~0.1%Stagnation quasi-totale
Confiance IndustrielleFaibleEn chuteDécrochage structurel

Le piège de la "Baisse Tardive"

Le gouverneur plaide désormais pour l'agilité. C'est louable. Mais la BCE n'est-elle pas, une fois de plus, en train de courir après le train ? En maintenant les taux restrictifs trop longtemps en 2025 pour « assurer le coup », Francfort a peut-être brisé l'élan de l'investissement pour les deux années à venir.

Le risque, ce n'est plus l'inflation. C'est la « japonisation » de l'économie européenne : une croissance molle, des prix atones et une dépendance accrue aux chocs externes (comme les tarifs douaniers américains ou la demande chinoise). Villeroy de Galhau défend son bilan, et c'est son rôle. Notre rôle, c'est de regarder ce qu'il se passe dans les usines, pas seulement dans les salles de marché.

Alors, victoire ? Peut-être. Mais une victoire à la Pyrrhus n'a jamais fait une stratégie économique viable sur le long terme.

SG
Stéphane GuérinJournaliste

L'argent ne dort jamais, et moi non plus. Je dissèque les marchés financiers au scalpel. Rentabilité garantie de l'info. L'inflation n'a aucun secret pour moi.