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Xiaomi SU7 : Le mirage des précommandes qui cache une réalité industrielle brutale

Tout le monde s'extasie sur les records de vente et la ressemblance avec Porsche. Mais derrière l'euphorie marketing, Xiaomi s'engage dans une guerre d'usure financière que même Apple a refusé de livrer.

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Damien RocheJournaliste
18 janvier 2026 à 12:013 min de lecture
Xiaomi SU7 : Le mirage des précommandes qui cache une réalité industrielle brutale

On a tous vu les gros titres. 50 000 commandes en 27 minutes. Des files d'attente interminables devant les boutiques chinoises. Lei Jun, le patron de Xiaomi, en costume gris, jouant les Steve Jobs de l'automobile avec un sourire qui semblait dire : « C'est gagné ». Mais permettez-moi de jouer les rabat-joie (c'est mon métier, après tout) : et si ce lancement spectaculaire était en réalité le début d'un cauchemar logistique et financier ?

Parce qu'entre vendre un smartphone à 800 euros et livrer une berline électrique de 2 tonnes sans perdre sa chemise, il y a un gouffre que beaucoup ont tenté de franchir avant de s'écraser au fond. N'est-ce pas, Dyson ?

« Construire un prototype est facile. La production de masse est un enfer. C'est là que les bilans comptables saignent à blanc. »

Cette vérité, martelée par Elon Musk depuis une décennie, Xiaomi s'apprête à se la prendre en pleine face. Le géant chinois arrive sur un marché non pas vierge, mais saturé, en pleine guerre des prix sanglante initiée par Tesla et suivie par BYD. Vendre la SU7 à perte (certains analystes parlent de plus de 9 000 $ de perte par véhicule sur le modèle de base) pour gagner des parts de marché est une stratégie classique dans la Tech. C'est ce qu'on appelle le « hardware as a service ». Sauf qu'une voiture ne se renouvelle pas tous les deux ans.

Les chiffres qu'on ne vous montre pas

Regardons froidement la situation. Xiaomi promet des performances de Porsche Taycan pour le prix d'une Tesla Model 3. C'est alléchant sur le papier. Mais comment tenir cette promesse sans rogner sur la qualité ou la sécurité à long terme ?

Le PariLa Réalité Industrielle
Volume : 100 000 livraisons dès la 1ère année.Capacité : L'usine de Pékin est en phase de rodage. Les délais d'attente atteignent déjà 7 mois. Le client attendra-t-il ?
Écosystème : "Human x Car x Home".Adoption : Contrôler sa clim depuis sa voiture est cool, mais est-ce un facteur d'achat suffisant pour un véhicule à 30k€ ?
Marge : Rentabilité sur le logiciel.Risque : Apple a abandonné son projet Titan car les marges étaient trop faibles. Xiaomi pense réussir là où la Pomme a échoué.

Le véritable danger pour Xiaomi n'est pas technologique, il est existentiel. En misant 10 milliards de dollars sur ce projet, Lei Jun met en péril la stabilité de tout son groupe. Si la SU7 rencontre des problèmes de fiabilité (ce qui arrive à tous les nouveaux constructeurs, demandez à Fisker), l'image de marque de ses téléphones en pâtira instantanément. C'est un effet domino inversé.

Alors oui, la voiture est belle. L'interface HyperOS est fluide. Mais pour l'instant, Xiaomi n'a prouvé qu'une chose : sa capacité à créer du buzz. Reste maintenant l'étape la plus difficile : survivre à la traversée du désert de la production de masse, là où les marges sont fines comme du papier à cigarette et où la moindre erreur coûte des milliards.

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Damien RocheJournaliste

Geek, hacker et prophète à temps partiel. Je vous explique pourquoi votre grille-pain va bientôt dominer le monde. L'IA, la crypto et le futur, c'est maintenant.