Dans les couloirs de la Grande Mosquée : Diplomatie secrète et El Mouradia
Oubliez la spiritualité un instant. Derrière ses murs, l'institution est devenue l'ultime sas de négociation secrète entre l'Élysée et Alger.

Les ors de l'institution brillent toujours, mais l'ambiance, elle, s'est singulièrement alourdie en ce mois de mars 2026. Si vous aviez pu vous glisser au récent « iftar des ambassadeurs », vous auriez tout de suite remarqué ce siège vide. Celui du ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau. (Un camouflet silencieux, quand on sait que Gérald Darmanin y avait ses habitudes depuis 2022).
Pourquoi ce froid polaire ? La réponse ne se trouve pas dans les sourates, mais bien dans les câbles diplomatiques.
Dirigée depuis 2020 par Chems-Eddine Hafiz, la Grande Mosquée de Paris (GMP) est aujourd'hui prise en étau dans la glaciation des relations franco-algériennes. L'homme n'est pas un imam, ni un théologien de formation. C'est un avocat d'affaires. Un redoutable négociateur qui sait murmurer à l'oreille d'Emmanuel Macron tout en gardant sa ligne directe avec le palais d'El Mouradia et Abdelmadjid Tebboune.
« C'est lui, le véritable ambassadeur d'Alger à Paris, bien plus que les officiels en poste. »
Cette phrase, lâchée par un habitué du Quai d'Orsay sous couvert d'anonymat, résume à elle seule la métamorphose de l'édifice. La mosquée n'est plus seulement un lieu de culte : c'est un sismographe géopolitique.
L'étrange ballet du ramadan 2026
Avez-vous remarqué l'absence des imams psalmodieurs algériens cette année ? Traditionnellement, ils sont environ 80 à traverser la Méditerranée pour prêter main-forte pendant le mois saint. En 2026, aucun visa n'a été demandé par le consulat algérien. Silence radio. Une mesure de rétorsion qui ne dit pas son nom, directement liée à l'affaire du Sahara occidental et au rapprochement de Paris avec Rabat.
👀 Comment l'affaire Boualem Sansal s'est-elle jouée en coulisses ?
Le nerf de la guerre : l'empire du Halal
Ce que l'on murmure moins dans les salons parisiens, c'est l'enjeu financier colossal qui se joue en toile de fond. En janvier dernier, la GMP a été accusée d'avoir verrouillé, avec l'appui de l'État algérien, un système monopolistique ultra-rentable de certification halal pour les produits européens exportés vers l'Algérie. Qui a réellement intérêt à contrôler cette manne ? Le pouvoir religieux ou le pouvoir politique ?
Pour tenter de lisser son image républicaine, la direction a dégainé en février un pavé de 1 000 pages, une sorte de « code de bonne conduite » pour les musulmans de France. Une manœuvre d'équilibriste. D'un côté, on rassure l'Élysée en prouvant sa compatibilité avec la laïcité. De l'autre, on maintient une influence indéfectible pour le compte d'Alger.
Qu'est-ce que ce double jeu change vraiment pour les fidèles ? Au quotidien, pas grand-chose. Mais pour l'Islam de France, c'est une toute autre histoire. La tutelle étrangère, que l'exécutif promettait d'éradiquer, n'a jamais été aussi prégnante. Elle a simplement troqué la djellaba pour le costume sur mesure.
Le recteur aime à dire que son institution est une « passerelle vertueuse ». Mais jusqu'à quand ce pont résistera-t-il au poids des rancœurs d'État ?


