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Groenland : Le grand bluff géopolitique de l'Arctique

Tout le monde le veut. Trump voulait l'acheter, Pékin veut le creuser. Mais derrière les fantasmes d'un nouvel Eldorado polaire, la réalité logistique et financière pourrait bien refroidir les ardeurs des superpuissances.

RW
Rina Wulandari
15 Januari 2026 pukul 06.013 menit baca
Groenland : Le grand bluff géopolitique de l'Arctique

Souvenez-vous d'août 2019. Donald Trump, entre deux tweets rageurs, proposait d'acheter le Groenland au Danemark. Le monde a ri. Copenhague a poliment décliné (avec un certain effroi). Pourtant, si la forme était grotesque, le fond trahissait une obsession bien réelle partagée par Washington, Pékin et Bruxelles. Le Groenland serait le futur coffre-fort du monde.

Vraiment ? Si l'on gratte un peu sous la couche de glace (qui fond, certes, à une vitesse terrifiante), on réalise que la « ruée vers le Nord » ressemble davantage à une partie de poker menteur qu'à une stratégie industrielle viable à court terme. L'analyse froide des chiffres raconte une autre histoire que celle des titres sensationnalistes.

« L'Arctique ne pardonne pas l'improvisation. C'est un cimetière pour les ambitions mal chiffrées. »

Le fantasme des Terres Rares : un mirage coûteux

Le narratif est séduisant : alors que la Chine cadenasse le marché des terres rares, indispensables à nos iPhone et nos F-35, le sous-sol groenlandais regorgerait de néodyme et d'uranium. C'est vrai. Le gisement de Kuannersuit (Kvanefjeld) est gigantesque. Mais avez-vous déjà essayé de construire une mine à ciel ouvert là où il n'y a aucune route, aucune infrastructure portuaire digne de ce nom, et où l'hiver dure neuf mois ?

Les coûts d'exploitation sont astronomiques. Pour qu'une mine soit rentable ici, il faudrait que les cours mondiaux explosent durablement. Ce n'est pas de l'économie, c'est du pari spéculatif. Et c'est sans compter sur la population locale (56 000 habitants qui ont leur mot à dire) qui a bloqué le projet Kuannersuit en 2021 par crainte radioactive. La démocratie locale, ce grain de sable dans la chaussure des géants miniers.

Ressource ConvoitéeLe RêveLa Réalité (Le "Hic")
Terres RaresIndépendance face à la ChineManque d'infrastructures, opposition locale féroce.
Routes MaritimesGain de 15 jours Asie-EuropeEaux peu profondes, icebergs imprévisibles, assurances hors de prix.
Position MilitaireContrôle total de l'Atlantique NordÇa, c'est réel (Base de Thulé). C'est le seul vrai actif actuel.

La Chine s'enlise, les USA surveillent

Pékin s'est vu un temps en grand architecte d'une « Route de la Soie Polaire ». Ils ont promis des aéroports, des bases scientifiques. Résultat ? Beaucoup de projets sont au point mort. Pourquoi ? Parce que le Danemark, sous la pression intense des États-Unis, a mis son veto aux investissements chinois dans les infrastructures critiques.

Le Groenland n'est pas un terrain vague à saisir. C'est un territoire autonome sous souveraineté danoise, membre de l'OTAN via Copenhague. L'idée que la Chine puisse simplement « acheter » son influence ici est une méconnaissance totale des verrous juridiques et sécuritaires en place.

L'indépendance : le véritable enjeu

Au final, l'acteur le plus sous-estimé dans cette équation, ce sont les Groenlandais eux-mêmes. L'indépendance est le but ultime de Nuuk. Mais ironiquement, pour s'affranchir de la subvention annuelle du Danemark (qui représente une part massive de leur budget), ils doivent vendre leurs ressources aux plus offrants. C'est le piège parfait : détruire son écosystème pour acheter sa liberté politique, ou rester sous tutelle pour préserver ses glaciers ?

Alors, eldorado ? Plutôt un bourbier glacé où les puissances mondiales viennent tester leurs limites. La carte change, oui, mais plus lentement que ne le prédisent les powerpoints du Pentagone.

RW
Rina Wulandari

Jurnalis yang berspesialisasi dalam Dunia. Bersemangat menganalisis tren terkini.