Política

Alain Duhamel : L'euthanasie lente du débat politique à la papa

Il a survécu à Giscard, Mitterrand et l'arrivée de la couleur. Mais alors qu'il range ses fiches cartonnées, une question dérange : son départ marque-t-il la fin de l'intelligence ou l'effondrement d'une caste qui parlait seule ?

CM
Carlos MendozaPeriodista
18 de enero de 2026, 08:053 min de lectura
Alain Duhamel : L'euthanasie lente du débat politique à la papa

On a fini par croire qu'il était livré avec les meubles de la République. Une sorte de gargouille bienveillante, écharpe rouge en hiver, ton professoral en toutes saisons, installée dans le paysage audiovisuel depuis que la télévision a cessé d'être une boîte magique pour devenir un robinet à angoisses. Alain Duhamel tire sa révérence (du moins, celle de l'édito quotidien). Et si tout le monde pleure la fin d'une époque, permettez-moi d'être le trouble-fête de service : ne pleure-t-on pas plutôt notre incapacité à renouveler le logiciel ?

⚡ L'essentiel

Alain Duhamel, c'est 60 ans de journalisme politique. Il a interviewé tous les présidents de la Ve République (sauf De Gaulle, le regret de sa vie). Figure historique de RTL et récemment de BFMTV, il incarne une forme de journalisme analytique, basé sur la mémoire historique et la nuance, qui se heurte frontalement à l'immédiateté des réseaux sociaux et du clash permanent.

Le problème n'est pas tant le départ du patriarche que ce qu'il laisse derrière lui : un champ de ruines intellectuel où l'invective remplace l'argument. Duhamel, c'était le temps long. Une phrase durait plus de six secondes (une éternité pour un cerveau nourri à TikTok). Aujourd'hui, on ne débat plus, on "dézingue", on "tacle", on "pulvérise". Le vocabulaire guerrier a remplacé la rhétorique parlementaire. Est-ce la faute du public ? Trop facile.

Le drame, ce n'est pas que Duhamel parte. C'est que pour le remplacer, les chaînes ne cherchent pas un historien du présent, mais un gladiateur de l'audimat capable de faire monter le hashtag en Trending Topic.

Soyons honnêtes deux minutes (si l'algorithme le permet). Cette vénération pour Duhamel cache aussi une forme de culpabilité. On l'aimait bien, un peu comme on aime les encyclopédies poussiéreuses dans le salon : ça fait sérieux, mais on ne les ouvre plus. On préfère scroller. Duhamel représentait une époque où la politique se jouait dans les salons parisiens, entre initiés qui parlaient le même langage. C'était confortable. C'était excluant.

Sa méthode, faite de comparaisons historiques (« Macron, c'est un peu Giscard avec du wifi »), est-elle encore pertinente quand l'électorat vote sur une émotion brute, un coup de sang ou une vidéo virale ? L'éditorialiste classique suppose que le citoyen est rationnel. Grosse erreur de casting. Le citoyen moderne est émotionnel. Duhamel parlait au cerveau gauche, l'époque tape dans le système limbique.

Alors oui, saluons la performance physique et intellectuelle. Tenir l'antenne soixante ans sans jamais déraper (ou si peu), c'est de l'artisanat d'art. Mais ne soyons pas dupes : son départ ne crée pas un vide. Le vide était déjà là, masqué par son omniprésence rassurante. Maintenant qu'il s'en va, on va devoir regarder la réalité en face : le débat politique est devenu une émission de télé-réalité comme les autres, et il n'y a plus d'adulte dans la pièce pour siffler la fin de la récréation.

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Carlos MendozaPeriodista

Periodista especializado en Política. Apasionado por el análisis de las tendencias actuales.