Política

Alain Duhamel : Le dernier dinosaure ou la boussole de la Ve ?

Il a survécu à neuf présidents, trois cohabitations et l'arrivée de TikTok. Alors qu'il range ses fiches cartonnées, on s'interroge : est-il la mémoire vive de la République ou un bug glorieux dans la matrice médiatique actuelle ?

CM
Carlos MendozaPeriodista
15 de enero de 2026, 18:323 min de lectura
Alain Duhamel : Le dernier dinosaure ou la boussole de la Ve ?

Fermez les yeux un instant. Nous sommes en 1974. La télévision est en noir et blanc, ou presque. Deux hommes s'affrontent avec une courtoisie glaciale : Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand. Au milieu ? Un jeune homme à lunettes, débit de mitraillette et fiches impeccablement annotées. Rouvrez les yeux. 2024. Les chaînes d'info tournent en boucle, le clash est roi, Hanouna fait la loi. Et qui est là, toujours assis, avec les mêmes lunettes et (probablement) les mêmes fiches ? Alain Duhamel.

C'est l'histoire d'une anomalie temporelle. Celle d'un homme qui a transformé sa propre existence en archive nationale. Choisir l'angle du « Pédagogue Storyteller » pour parler de Duhamel, c'est accepter de raconter non pas la vie d'un journaliste, mais la chronologie d'une obsession française : la politique, la vraie, celle qui se joue dans les couloirs dorés et non sur Twitter.

« La politique est une drogue dure, et Alain Duhamel est le plus vieux toxicomane du service public. »

Mais ce retour perpétuel du sphinx (il annonce sa retraite comme d'autres arrêtent de fumer : souvent) pose une question qui gratte. Dans une époque qui vénère l'instantanéité et l'émotion brute, que vient faire ce professeur d'histoire constitutionnelle sur les plateaux de BFM TV ?

Le choc des cultures

Duhamel, c'est l'anti-buzz. Là où l'époque réclame une « punchline » de six secondes, il contextualise en trois paragraphes, citant un obscur amendement de 1958 pour expliquer la dissolution de Macron. Pour les puristes, c'est de la sagesse en barre. Pour la génération Z, c'est un podcast ASMR sur la IVe République. C'est là tout le paradoxe : son anachronisme est devenu sa marque de fabrique, son super-pouvoir.

Regardons les chiffres, car Duhamel adore les statistiques (presque autant que les urnes) :

CritèreL'Univers DuhamelL'Univers Moderne
Unité de tempsLe quinquennat (ou septennat)Le scroll infini
Arme fataleLa mémoire eidétiqueL'indignation feinte
StyleDidactique, analytiqueÉmotionnel, clivant

Ce tableau n'est pas juste là pour faire joli. Il illustre le grand écart que Duhamel maintient, tel un gymnaste octogénaire, au-dessus du vide médiatique. Il est rassurant. Quand le monde s'effondre, quand l'Assemblée se dissout, on se tourne vers lui comme on consulterait un oracle : « Alain, est-ce que c'était pire sous Coty ? ». Et souvent, la réponse est oui, ce qui permet à tout le monde de respirer.

Une sortie impossible ?

Pourquoi parle-t-on de « retour » ? Parce qu'Alain Duhamel ne peut pas *vraiment* partir. Il est câblé sur la fréquence Matignon. L'enlever de l'antenne, ce serait comme débrancher un serveur critique de l'État. Pourtant, son omniprésence souligne aussi le vide sidéral de la relève. Où sont les jeunes Duhamel ? Ils sont occupés à gérer leur e-réputation ou à commenter le dernier clash de télé-réalité politique.

Alors, sagesse ou anachronisme ? Les deux, mon général. Duhamel est un monument classé au patrimoine, qu'on visite parfois avec ennui, souvent avec respect, mais dont on n'imaginerait pas la destruction sans craindre que tout l'édifice républicain ne s'effondre avec lui.

CM
Carlos MendozaPeriodista

Periodista especializado en Política. Apasionado por el análisis de las tendencias actuales.