Bracelet électronique : le mythe de la liberté surveillée
On nous le vend comme une alternative humaine à la prison. En réalité, le bracelet électronique est une laisse numérique low-cost qui transforme votre salon en cellule. Décryptage d'une technologie qui arrange surtout les comptables de l'État.

C’est l’argument massue, celui qu’on sort dans tous les débats télévisés quand les prisons débordent : « Mettons-leur un bracelet ! ». L'image est séduisante, presque progressiste. Au lieu de pourrir entre quatre murs humides, le condamné rentre chez lui, travaille, voit ses enfants. Une justice 2.0, plus douce, plus intelligente.
Vraiment ? Si l'on gratte un peu le vernis de cette « libération », on découvre une réalité bien plus cynique. Le bracelet n'est pas une liberté : c'est une délocalisation de la prison. Et le gardien, c'est vous (et votre prise électrique).
« Ce n'est pas la fin de la détention, c'est l'extension du domaine de la lutte carcérale. Votre domicile devient une annexe du ministère de la Justice, à vos frais. »
La comptabilité avant l'humanité
Ne nous voilons pas la face. Si l'État français (comme ses voisins) raffole de cette surveillance mobile, ce n'est pas par pure philanthropie. C'est une question de gros sous. Construire des murs coûte une fortune. Louer un système GPS ? Une bouchée de pain.
| Critère | Prison Fermée | Bracelet Électronique |
|---|---|---|
| Coût moyen par jour | Env. 105 € | Env. 10 à 12 € |
| Visibilité sociale | Invisibilisation totale | Stigmatisation visible (la bosse à la cheville) |
| Responsabilité | L'État gère tout | Le détenu gère sa propre surveillance (batterie) |
Le calcul est vite fait, non ? Mais cette économie a un prix caché : l'angoisse permanente. Là où le prisonnier traditionnel subit la contrainte, le porteur de bracelet doit participer à sa propre détention. Oublier de charger l'appareil ? C'est une évasion technique. Un retard de bus de 10 minutes ? C'est une alerte au parquet. Vous n'êtes plus un citoyen, vous êtes un point GPS sur une carte qui ne doit pas clignoter en rouge.
L'extension du filet (Net Widening)
C'est là que le piège se referme. Les sociologues appellent ça le net widening (l'élargissement du filet). À l'origine, cette technologie devait vider les prisons. Spoiler : elles sont toujours pleines à craquer. Pourquoi ?
Parce qu'on utilise désormais le bracelet pour des gens qui, il y a vingt ans, auraient simplement eu du sursis ou une amende. On surveille plus, plus longtemps, et pour des faits de moins en moins graves. La technologie ne remplace pas la punition, elle la diffuse dans le tissu social. Votre voisin de palier est peut-être détenu, et vous ne le savez même pas (enfin, sauf si son alarme sonne en pleine nuit).
Bug dans la matrice
Et que dire de la fiabilité ? On parle de technologie gouvernementale, pas du dernier iPhone. Zones blanches, dysfonctionnements, fausses alertes... Des milliers de personnes vivent avec l'épée de Damoclès d'un bug technique qui pourrait les renvoyer derrière les barreaux sans qu'ils n'aient bougé de leur canapé. Est-ce cela, la justice moderne ? Une dépendance aveugle à un signal satellite ?
Alors oui, c'est mieux que Fleury-Mérogis. Mais cessons de prétendre que c'est la liberté. C'est une prison invisible, psychologique, où les murs sont remplacés par la peur de la sonnerie.


