Clémentine Autain : Le pari (presque) impossible de l'après-Mélenchon
Libérée de l'ombre tutélaire du leader Insoumis, la députée de Seine-Saint-Denis tisse sa toile pour 2027. Mais derrière le storytelling de "l'union retrouvée", la réalité chiffrée de son émancipation raconte une tout autre histoire.

On nous vendait la rupture comme une libération. Un an et demi après le « clash » de l'été 2024, où Clémentine Autain a claqué la porte du groupe LFI pour co-fonder L'Après, la poussière est retombée. La députée de Seine-Saint-Denis respire, sourit sur les plateaux, et jure (la main sur le cœur) que l'unité de la gauche est pour demain. Vraiment ? Si l'on gratte un peu le vernis de cette émancipation médiatique, l'équation politique pour 2027 ressemble davantage à un cul-de-sac qu'à une autoroute.
Le mythe de la "force tranquille"
Soyons sérieux deux minutes. Quitter le navire amiral insoumis pour naviguer sur le radeau des Écologistes à l'Assemblée était un coup tactique nécessaire (pour survivre à la purge), mais stratégiquement suicidaire à long terme. Pourquoi ? Parce qu'en politique, l'argent et les militants sont le nerf de la guerre. Et sur ce terrain, le rapport de force est cruellement disproportionné.
Autain mise tout sur son capital sympathie et sa capacité à dialoguer avec les socialistes comme avec les radicaux. C'est louable. Mais est-ce suffisant pour peser face à une machine de guerre qui prépare 2027 depuis dix ans ? (Spoiler : non).
| Indicateur de Puissance (Janvier 2026) | La France Insoumise (L'Appareil) | L'Après / Autain (La Dissidence) |
|---|---|---|
| Budget estimé | ~4,5 Millions € / an | < 300 000 € (Dons & Adhésions) |
| Base militante active | ~15 000 "Groupes d'Action" | ~2 500 adhérents (Concentration parisienne) |
| Stratégie 2027 | Candidature unique (Mélenchon ou dauphin désigné) | Primaire hypothétique (que personne ne veut organiser) |
Une sociologie en trompe-l'œil
Le véritable problème de Clémentine Autain n'est pas seulement logistique, il est sociologique. Là où François Ruffin (l'autre évadé de LFI) laboure les terres désindustrialisées de la Picardie et parle aux ouvriers fâchés avec la gauche, Autain reste – malgré elle ? – l'icône d'une gauche urbaine, diplômée et très francilienne. Elle cartonne dans les centres-villes, certes. Mais gagne-t-on une présidentielle avec le vote des professeurs de Seine-Saint-Denis et des cadres sup' de Montreuil ?
Son discours sur le féminisme et la démocratie interne est impeccable. Personne ne dira le contraire. Mais résonne-t-il dans la "France périphérique" qui vote RN par désespoir ? Les sondages confidentiels qui circulent dans les états-majors sont cruels : dès que l'on sort de la petite couronne parisienne, la notoriété de son mouvement s'effondre.
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L'impasse de la Primaire
Clémentine Autain répète à l'envi qu'il faut une « primaire des gauches » pour 2027. C'est son mantra. C'est aussi son piège. Car pour qu'il y ait primaire, il faut des participants. Or, LFI a déjà prévenu : hors de question de soumettre leur candidat au vote populaire d'un corps électoral flou. Les Écologistes ? Ils sont trop occupés à se reconstruire. Le PS ? Ils se sentent pousser des ailes depuis les Européennes et ne veulent rien devoir à l'aile gauche.
Alors, que reste-t-il ? Une candidature de témoignage ? Clémentine Autain est une intellectuelle brillante et une oratrice redoutable, mais en 2026, elle ressemble de plus en plus à une générale sans armée, prêchant l'unité dans un désert d'ego. Si elle ne parvient pas à transformer L'Après en une force populaire massive d'ici l'été, son destin pourrait bien être celui d'une "supplétive de luxe" dans un futur gouvernement de coalition... si tant est que la gauche gagne.
