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Kaboul contre le Cap : Quand le cricket renverse l'ordre mondial

Oubliez les classements figés. La récente série entre l'Afghanistan et l'Afrique du Sud n'est pas qu'une affaire de guichets : c'est l'histoire de réfugiés défiant une institution centenaire. Décryptage d'un séisme sportif.

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Rafael TorresPeriodista
11 de febrero de 2026, 11:013 min de lectura
Kaboul contre le Cap : Quand le cricket renverse l'ordre mondial

Il y a vingt ans, Rashid Khan et ses coéquipiers apprenaient à tenir une batte avec des morceaux de bois, sur des terrains poussiéreux dans les camps de réfugiés de Peshawar, au Pakistan. Pendant ce temps, les Proteas sud-africains s'entraînaient sur les pelouses manucurées de Newlands, héritiers d'une infrastructure centenaire et bien huilée. Si vous regardez les standings (classements) d'aujourd'hui, vous pourriez penser que la hiérarchie est respectée. Mais grattez un peu le vernis.

Ce que les chiffres bruts de l'ICC ne racontent pas, c'est ce qui s'est passé à Sharjah en septembre dernier. L'Afghanistan n'a pas seulement battu l'Afrique du Sud ; ils les ont démantelés dans une série ODI historique (2-1). Pour comprendre la portée de cet événement, il faut sortir du stade.

« Ce n'est pas juste du sport. C'est la seule chose qui apporte le sourire aux gens chez nous. » — Rashid Khan, capitaine emblématique.

Une géopolitique du willow et du cuir

L'affrontement entre ces deux nations est, par essence, une anomalie géopolitique fascinante. D'un côté, l'Afrique du Sud, nation arc-en-ciel qui porte encore les cicatrices de l'isolement sportif dû à l'apartheid (bannie du cricket international pendant 22 ans), et qui connaît mieux que quiconque le poids politique du sport. De l'autre, l'Afghanistan, une équipe sans domicile fixe, représentant un drapeau tricolore (noir, rouge, vert) que le régime actuel à Kaboul ne reconnaît même plus, et jouant alors que les femmes de leur propre pays sont interdites de stade.

Les standings récents racontent cette bascule. L'Afrique du Sud, souvent qualifiée de "chokers" (ceux qui craquent sous la pression), fait face à des guerriers qui n'ont littéralement rien à perdre. Quand vous avez fui la guerre, une balle de cuir lancée à 145 km/h effraie-t-elle vraiment ?

David contre Goliath : Le bilan chiffré

Regardons la réalité en face. Ce n'est pas une rivalité équilibrée sur le papier, et c'est pourtant là que réside le miracle. L'Afrique du Sud dispose d'un budget colossal et d'une ligue domestique lucrative (SA20). L'Afghanistan ? Ils dépendent des ligues étrangères et de la bienveillance de l'Inde ou des Émirats pour avoir un terrain où jouer.

Critère🇿🇦 Afrique du Sud (Proteas)🇦🇫 Afghanistan (Blue Tigers)
Statut ICCMembre fondateur (impérial)Membre complet depuis 2017
RessourcesInfrastructures d'élite, SA20 LeagueNomades, pas de stade à domicile
Dynamique 2023-2024En reconstruction, irréguliersAscension fulgurante (Demi-finale T20)

Le soft power par la balle blanche

Pourquoi ce duel captive-t-il autant ? Parce qu'il symbolise la fin de l'hégémonie occidentale (et coloniale) sur ce sport. L'Afrique du Sud, malgré son appartenance aux BRICS, reste ancrée dans les traditions du "vieux cricket". L'Afghanistan incarne le "nouveau monde" du cricket : rapide, agressif, formé dans les ligues T20 mercenaires, et totalement décomplexé.

Les Sud-Africains, en s'inclinant lors de cette série bilatérale, ont validé involontairement le statut de superpuissance émergente de l'Afghanistan. Ce n'était pas un accident. C'était un changement de garde. La prochaine fois que vous verrez ces deux équipes s'aligner, ne regardez pas juste le score. Regardez l'histoire en marche. L'une joue pour maintenir son rang, l'autre joue pour exister.

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Rafael TorresPeriodista

Periodista especializado en Deporte. Apasionado por el análisis de las tendencias actuales.