Política

Léa Salamé face à la commission : Le tribunal politique qui ne dit pas son nom

Convoquée ce lundi à l'Assemblée, la journaliste star de France 2 s'est retrouvée au cœur d'une mécanique impitoyable. Derrière les questions techniques sur le pluralisme, c'est le procès du service public (et de son compagnon) qui était instruit.

CM
Carlos MendozaPeriodista
2 de febrero de 2026, 17:053 min de lectura
Léa Salamé face à la commission : Le tribunal politique qui ne dit pas son nom

Ce lundi matin, l'air était vicié salle Lamartine. Officiellement, il s'agissait d'une audition technique dans le cadre de la commission d'enquête sur le fonctionnement de l'audiovisuel public. Officieusement ? C'était une exécution en place publique, diffusée en direct sur LCP. Léa Salamé, visage du 20 Heures (dans cette réalité de 2026), n'était pas là pour défendre son bilan journalistique, mais pour expier les péchés supposés d'une caste médiatique que l'Union des droites pour la République (UDR) et ses alliés rêvent de faire tomber.

⚡ L'essentiel

  • Le contexte : Une commission d'enquête lancée par la droite radicale (UDR) pour scruter la "neutralité" du service public.
  • La cible : Léa Salamé, attaquée non sur son travail, mais sur sa relation avec Raphaël Glucksmann.
  • L'enjeu : Décrédibiliser France Télévisions pour justifier de futures coupes budgétaires ou une privatisation.

Le fantasme du "Couple" comme arme de destruction massive

Soyons sérieux deux minutes. Croit-on vraiment que le rapporteur Charles Alloncle se soucie de la grille des programmes de France 2 ? La stratégie est aussi grosse qu'un câble transatlantique : attaquer la messagère pour atteindre deux cibles. D'un côté, le service public, accusé d'être une citadelle imprenable du "wokisme" (terme fourre-tout bien pratique). De l'autre, Raphaël Glucksmann, figure de proue de la gauche, dont l'ombre planait sur chaque échange.

À chaque fois que la journaliste tentait de parler déontologie ou méthodes de vérification de l'information, elle était ramenée à sa vie privée. (Une obsession qui frise le voyeurisme parlementaire). On lui demande de garantir sa neutralité ? Elle répond charte éthique. On lui rétorque "conflit d'intérêts". C'est un dialogue de sourds orchestré pour fournir des clips viraux aux réseaux sociaux de l'extrême droite.

"Dans un monde de défiance, les citoyens attendent des comptes. Mais ici, ce ne sont pas des comptes que l'on demande, c'est une reddition inconditionnelle."

Le deux poids, deux mesures

Ce qui frappe l'observateur sceptique, c'est l'asymétrie totale du traitement. Rappelons-nous des auditions précédentes concernant les chaînes privées d'opinion. Les patrons de CNews ou de C8 avaient été traités avec une pugnacité toute relative par certains députés qui, aujourd'hui, sortent les couteaux contre France Inter et France 2.

Angle d'attaque Contre le Privé (Bolloré & Co) Contre le Public (Salamé & Co)
La "Neutralité" Défendue au nom de la "liberté d'expression" Exigée comme une aseptisation totale
Le Financement "C'est de l'argent privé, ils font ce qu'ils veulent" "C'est nos impôts, on veut contrôler la ligne"
La Sanction Amendes de l'Arcom (contestées) Menace de démantèlement pur et simple

Une dérive institutionnelle

Le véritable scandale n'est pas ce que Léa Salamé a dit ou n'a pas dit. Il réside dans l'utilisation de l'Assemblée nationale comme une annexe des plateaux télé. Les commissions d'enquête, outils nobles du contrôle parlementaire, sont devenues des machines à fabriquer du "clash".

En convoquant les têtes d'affiche plutôt que les décideurs obscurs, on cherche l'audience, pas la vérité. Léa Salamé a promis de "se retirer" si son compagnon briguait l'Élysée en 2027. Une concession qui ne suffira pas à calmer la meute. Pourquoi ? Parce que le but n'est pas d'obtenir des garanties, mais d'entretenir la flamme de la suspicion. Si le service public est "vendu" à la gauche, alors toute parole qui en émane est suspecte. C'est la prophétie autoréalisatrice du populisme médiatique.

Au final, cette audition aura servi à tout sauf à éclairer les Français sur l'avenir de leur télévision. Mais pour l'UDR et Charles Alloncle, la mission est accomplie : le doute est instillé, et la séquence tourne en boucle sur TikTok.

CM
Carlos MendozaPeriodista

Periodista especializado en Política. Apasionado por el análisis de las tendencias actuales.