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Osasuna – Real : El Sadar, dernier bastion de la résistance populaire ?

À Pampelune, recevoir les Merengues n'a jamais été qu'une affaire de ballon rond. C'est le choc tectonique entre deux Espagne qui ne se comprennent plus.

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Rafael TorresPeriodista
21 de febrero de 2026, 17:013 min de lectura
Osasuna – Real : El Sadar, dernier bastion de la résistance populaire ?

Imaginez l'odeur de la chistorra grillée qui se mêle à l'air glacial de Navarre. Il est midi, peut-être 16h, peu importe : à Pampelune, le temps s'arrête quand le bus blanc arrive. Si vous n'avez jamais mis les pieds à El Sadar un jour de visite du Real Madrid, vous ne connaissez pas vraiment le bruit. Pas celui des applaudissements polis du Bernabéu, non. Un bruit sourd, viscéral, une pression acoustique qui ferait passer un concert de métal pour une berceuse.

Pourquoi tant de haine (ou de passion dévorante) ? Parce qu'ici, ce match n'est pas une simple journée de Liga. C'est une pièce de théâtre social où chaque tacle raconte une histoire.

Ce n'est pas David contre Goliath. C'est le quartier contre la multinationale, la fierté locale contre l'impérialisme médiatique.

L'histoire commence souvent par un chiffre. Pas le score, mais le compte en banque. D'un côté, la "Maison Blanche", cette institution qui pèse des milliards, capable d'acheter l'avenir du football brésilien ou français sur un coup de tête. De l'autre, le Club Atlético Osasuna, l'un des quatre derniers clubs espagnols appartenant encore à ses socios (avec le Real, le Barça et l'Athletic, ironiquement). Une anomalie démocratique dans un océan de sociétés anonymes.

Regardez ce fossé. Il est vertigineux.

CritèreCA Osasuna (Le Peuple)Real Madrid (L'Empire)
Valeur de l'effectif~100 M€~1,04 Md€
IdentitéLocale, Rugueuse, NavarreGlobale, Galactique, Royale
L'arme fataleLe collectif & le bruitVinicius Jr & Mbappé

Sur le terrain, cette fracture se cristallise souvent autour d'un homme. Vinicius Jr. Pour Madrid, il est la victime d'un racisme systémique (et les incidents passés à El Sadar ne peuvent être ignorés, ni excusés). Mais pour une partie du public navarrais, il incarne autre chose : l'arrogance du riche qui ne supporte pas qu'on lui résiste. C'est là que le malaise s'installe. Le football devient le déversoir des frustrations d'une Espagne périphérique qui se sent méprisée par la capitale.

Les Indar Gorri, ultras locaux positionnés très à gauche, ne voient pas seulement onze joueurs en face. Ils voient le centralisme, le pouvoir, l'establishment. Gagner contre le Real, pour un supporter d'Osasuna, c'est venger toutes les fois où l'on s'est senti petit. C'est prouver que l'argent ne peut pas acheter l'âme d'un stade rénové verticalement pour que les cris descendent directement sur la pelouse comme une avalanche.

Alors, quand le coup de sifflet final retentit, peu importe si le Real l'emporte grâce à un éclair de génie à 200 millions d'euros. La bataille culturelle, elle, a eu lieu. Et à El Sadar, on ne baisse jamais les yeux.

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Rafael TorresPeriodista

Periodista especializado en Deporte. Apasionado por el análisis de las tendencias actuales.