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Pix : Votre carrière vaut-elle vraiment ce score de 1024 points ?

Oubliez le diplôme poussiéreux. Désormais, c'est un algorithme d'État qui décide si vous êtes "apte" au monde numérique. Mais derrière la gamification sympa se cache une normalisation effrayante de nos intelligences.

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Léa ZeitgeistPeriodista
12 de enero de 2026, 07:313 min de lectura
Pix : Votre carrière vaut-elle vraiment ce score de 1024 points ?

Avez-vous déjà ressenti ce frisson bureaucratique en voyant une barre de progression verte avancer lentement ? Si vous êtes étudiant, chercheur d'emploi ou même fonctionnaire en France, vous n'y échapperez pas. Son nom tient en trois lettres : Pix.

Sur le papier, c'est la promesse d'une France enfin digitalisée, un standard universel pour dire « Oui, Martine de la compta sait utiliser un tableau croisé dynamique ». Mais grattez un peu le vernis de cette interface ludique (qui ressemble étrangement à un Duolingo sous stéroïdes administratifs), et vous découvrirez une mécanique bien plus pernicieuse. Nous assistons, sans vraiment protester, au remplacement de l'expertise humaine par une validation algorithmique binaire.

« Ce n'est plus une question de savoir-faire, c'est une question de savoir-répondre à la machine. La nuance est morte, vive la case à cocher. »

La gamification de la soumission

Le coup de génie de Pix ? Avoir rendu la certification presque amusante. On gagne des « pix », on monte de niveau, on se compare. C'est brillant. Et terrifiant. Car en transformant la compétence professionnelle en un score chiffré (théoriquement sur 1024), on accepte tacitement que notre valeur sur le marché du travail soit réduite à une donnée métrique, comparable, triable et, surtout, automatisable.

Le problème n'est pas d'évaluer. Le problème est l'hégémonie de cette évaluation. Si vous savez coder un script Python capable d'automatiser tout le service logistique mais que vous échouez aux questions standardisées sur la « culture numérique » ou la « sécurité », l'algorithme vous pénalise. Vous êtes hors du cadre. (Et le cadre, c'est ce que l'État et les entreprises demandent).

👀 Pourquoi votre score Pix pourrait devenir votre pire ennemi ?

Imaginez un futur proche — très proche — où les RH ne lisent plus les CV. Ils filtrent. « Score Pix inférieur à 700 ? Poubelle. » Le danger est de créer une classe de prolétaires numériques : ceux qui savent utiliser les outils mais ne savent pas passer les tests. De plus, les compétences évaluées par Pix sont par nature périssables. Votre score d'aujourd'hui ne vaudra rien demain avec l'arrivée d'une nouvelle IA, vous obligeant à une course perpétuelle à la recertification pour maintenir votre « valeur sociale » à flot.

L'illusion de l'objectivité

On nous vend l'impartialité de l'algorithme. Foutaises. Un algorithme est une opinion figée dans du code. En imposant Pix comme le mètre-étalon unique (du collège à l'université, et bientôt en entreprise), on standardise la manière de penser le numérique. Il n'y a plus de place pour la débrouillardise hors-piste, pour celui qui trouve la solution sans passer par le chemin prévu par les concepteurs du test.

Cette centralisation de la certification des compétences est un rêve de technocrate : transformer la population active en un immense fichier Excel où chaque individu est une cellule avec un score de performance. Est-ce cela, l'avenir du travail ? Être capable de prouver à une machine qu'on est digne de servir une autre machine ?

La prochaine fois que vous validerez une compétence sur Pix, demandez-vous : est-ce que je prouve ma valeur, ou est-ce que j'entraîne le système qui servira à me filtrer demain ?

LZ
Léa ZeitgeistPeriodista

Periodista especializado en Sociedad. Apasionado por el análisis de las tendencias actuales.