Présidentielles au Portugal : Le grand leurre du "front républicain"
Derrière le soulagement de voir le socialiste Seguro en tête, le premier tour révèle un champ de ruines. La droite traditionnelle est atomisée, et le "barrage" contre Ventura s'annonce comme un piège politique mortel.

On entend d'ici le soupir de soulagement traverser les chancelleries européennes. António José Seguro est devant. La "catastrophe" André Ventura est, pour l'instant, endiguée. Circulez, il n'y a rien à voir ? C'est mal connaître la tectonique des plaques qui vient de secouer Lisbonne. Ce dimanche 18 janvier 2026 ne marque pas le triomphe de la raison, mais la fin officielle de l'hégémonie du centre-droit et l'installation durable du chaos comme mode de gouvernance.
L'humiliation historique de la droite de gouvernement
Soyons clairs : le véritable perdant de cette soirée n'est pas celui qu'on croit. Ce n'est pas l'amiral Gouveia e Melo, dont le mythe de l'homme providentiel s'est dégonflé comme une bouée percée (on ne dirige pas un pays comme on gère un centre de vaccination). Non, le grand cadavre politique de ce scrutin, c'est le PSD et son candidat, Luís Marques Mendes.
Comment un parti au pouvoir peut-il voir son champion s'effondrer à la cinquième place ? C'est une claque monumentale pour le Premier ministre Luís Montenegro. (A-t-il seulement encore la légitimité pour gouverner ce matin ? La question mérite d'être posée).
| Candidat | Score (Est.) | Le Verdict de l'Analyste |
|---|---|---|
| A.J. Seguro (PS) | ~31% | Un vote refuge, pas d'adhésion. |
| André Ventura (Chega) | ~24% | Plafond de verre ? Non, socle en béton. |
| J. Cotrim (IL) | ~16% | La vraie surprise libérale qui siphonne le centre. |
| Marques Mendes (PSD) | ~12% | Le désaveu total de l'exécutif. |
Le piège du "Front Républicain"
Nous y voilà. Le fameux second tour du 8 février. Le scénario est écrit d'avance : tout l'arc politique, des communistes aux libéraux, va se boucher le nez pour voter Seguro. André Ventura le sait. Mieux, il l'espère. Pourquoi ? Parce que cela valide sa rhétorique du "seul contre tous".
En transformant cette élection en référendum "Pour ou Contre Ventura", le système politique portugais s'offre un sursis, mais hypothèque son avenir. Seguro président, c'est l'assurance d'une cohabitation conflictuelle avec un gouvernement de droite affaibli, sous le regard goguenard d'une extrême-droite qui n'a plus qu'à attendre son tour. Le vernis démocratique tient encore, mais le bois en dessous est pourri.
👀 Pourquoi Ventura sourit-il malgré sa 2ème place ?
C'est une victoire tactique. En éliminant le candidat du gouvernement (Marques Mendes) dès le premier tour, Ventura devient officiellement l'unique opposant crédible au système socialiste. Il a réussi ce que Marine Le Pen a mis dix ans à faire en France : tuer la droite classique. Qu'il perde le 8 février importe peu ; il a déjà gagné la bataille de l'hégémonie à droite.
"Ce n'est pas une élection, c'est une prise d'otage où l'électeur doit choisir entre l'immobilisme socialiste et l'aventure populiste."
Alors, que reste-t-il ? Un pays coupé en trois : une gauche qui s'accroche aux meubles, une droite libérale qui tente d'exister (bravo à Cotrim pour sa percée), et une masse colèreuse captée par Chega. Le 8 février, les Portugais ne voteront pas pour un Président, mais pour le gardien d'un cimetière politique.


