Raffarin : Le dernier dinosaure du « bon sens » a-t-il encore sa place ?
Il est de retour sur les plateaux, prêchant la modération dans une France volcanique. Mais derrière les aphorismes rassurants, le logiciel de l'ancien Premier ministre est-il compatible avec le chaos de 2026 ?

C’est un rituel aussi immuable que la chute des feuilles ou les grèves de la SNCF. Dès que le thermomètre politique français s'emballe, on ressort Jean-Pierre Raffarin du formol médiatique. Avec sa rondeur provinciale et son phrasé chiraquien, il incarne cette figure du « Sage » que les chaînes d'info s'arrachent pour calmer les nerfs d'une République sous anxiolytiques. En ce début 2026, alors que l'Assemblée nationale ressemble davantage à une arène de MMA qu'à un hémicycle, l'homme du Poitou est partout.
Son nouveau mantra ? Le « pessimisme optimiste ». Un oxymore dont il a le secret, censé nous guider à travers le brouillard. Mais soyons sérieux deux minutes (et rangeons la nostalgie au placard) : est-ce vraiment de « bon sens » dont nous avons besoin, ou d'un électrochoc ?
« La pente est raide, mais la route est droite ? Non, aujourd'hui la route est minée et le véhicule n'a plus de volant. Mais il faut sourire au paysage. »
– Une raffarinade (presque) authentique pour 2026
Le vide sidéral de la modération
Le problème avec Jean-Pierre Raffarin, ce n'est pas l'homme — éminemment sympathique au demeurant — c'est ce qu'il représente. Il est l'avatar d'un monde où le consensus mou tenait lieu de stratégie. Aujourd'hui, face à une polarisation extrême et des déficits abyssaux, ses appels au calme sonnent creux. Il distribue les bons et les mauvais points comme un instituteur de la IIIe République, félicitant les uns pour leur « tenue », grondant les autres pour leur « excès ».
Cette posture de l'arbitre au-dessus de la mêlée est confortable. Elle permet d'éviter les vrais sujets qui fâchent. Dire qu'il faut « de la nuance » quand le pays réclame des décisions tranchées, c'est confondre la politique avec une séance de sophrologie.
L'angle mort : la connexion chinoise
Mais là où l'analyste doit froncer les sourcils, c'est lorsqu'on gratte le vernis du « Sage désintéressé ». Car Jean-Pierre Raffarin n'est pas qu'un retraité de Matignon. C'est aussi — et surtout — l'un des VRP les plus zélés de l'influence chinoise en France. À l'heure où l'Europe tente péniblement de sortir de sa naïveté face à Pékin, cette casquette dérange.
👀 Ce que l'on dit peu sur ses liens avec la Chine
Jean-Pierre Raffarin n'a jamais caché sa sinophilie. Mais dans le contexte géopolitique actuel (tensions à Taïwan, guerre commerciale, espionnage industriel), son rôle de « facilitateur » pose question. Il continue de prôner le dialogue inconditionnel là où les services de renseignement occidentaux prônent la méfiance absolue. Sa fondation Prospective et Innovation reste un canal privilégié pour le soft power chinois. Écouter Raffarin sur la géopolitique en 2026, c'est un peu comme demander des conseils de sobriété énergétique au PDG d'une compagnie pétrolière.
Une boussole pour un monde disparu
Alors, pourquoi continue-t-on de l'inviter ? Parce qu'il rassure. Il est le « doudou » de la macronie (et de ce qu'il reste de la droite républicaine). Il rappelle une époque où la politique se jouait entre gens raisonnables, autour d'un bon déjeuner, loin des fureurs des réseaux sociaux. Emmanuel Macron, en quête perpétuelle de légitimité « régalienne », l'utilise comme une caution morale.
Pourtant, la réalité est cruelle : le logiciel Raffarin est obsolète. Son « pessimisme optimiste » n'est qu'une pirouette sémantique pour ne pas admettre l'impuissance. On peut admirer la longévité de l'artiste, mais on n'est pas obligé d'acheter ses derniers disques. La France de 2026 a besoin de chirurgiens, pas d'homéopathes.

