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Sénégal – Égypte : Le trône d'Afrique ne se joue pas dans les urnes

Oubliez les sommets de l'Union Africaine. La véritable lutte d'influence continentale se joue désormais à coups de lasers verts et de tirs au but. Décryptage d'une guerre froide en short.

SD
Sergio DuranPeriodista
14 de enero de 2026, 17:023 min de lectura
Sénégal – Égypte : Le trône d'Afrique ne se joue pas dans les urnes

Souvenez-vous. 29 mars 2022. Stade Abdoulaye-Wade de Diamniadio. L'air est électrique, presque irrespirable. Sur la pelouse, Mohamed Salah s'avance pour tirer un penalty décisif. Soudain, son visage est repeint en vert kryptonite par des centaines de lasers braqués depuis les tribunes. Il rate. Le Sénégal exulte. Ce soir-là, quelque chose a changé. Ce n'était pas juste une qualification pour le Mondial ; c'était un basculement de l'ordre établi.

Pour comprendre pourquoi ce match dépasse le cadre du sport, il faut rembobiner la cassette (ou scroller un peu, c'est selon). Pendant des décennies, l'Égypte a régné en maître absolu sur le football africain. Sept étoiles sur le maillot, une hégémonie culturelle et sportive qui disait au reste du continent : « Nous sommes les patrons ».

Mais le vent a tourné. Et il souffle depuis Dakar.

« Le football en Afrique n'est jamais juste un jeu. C'est la continuation de la politique par d'autres moyens, avec des idoles à la place des ambassadeurs. »

L'ascension du Sénégal n'est pas un hasard. C'est le fruit d'une politique sportive agressive, d'investissements massifs dans les infrastructures (ce stade de Diamniadio n'a rien à envier aux enceintes européennes) et d'une génération dorée qui a arrêté de faire des complexes face aux Pharaons.

C'est là que la géopolitique s'invite à la table. D'un côté, l'Afrique du Nord, historiquement dominante, souvent perçue comme regardant davantage vers la Méditerranée. De l'autre, l'Afrique subsaharienne, incarnée par un Sénégal décomplexé, qui réclame sa part du gâteau médiatique et politique.

Le Duel des Frères Ennemis

La symbolique est d'autant plus violente qu'elle s'est incarnée pendant des années dans un duel fratricide à Liverpool : Sadio Mané contre Mohamed Salah. L'humble enfant de Bambali contre l'icône pop du Caire. Deux visages, deux styles, une même obsession : être le Roi d'Afrique.

Regardons les chiffres, car ils racontent une histoire de passage de témoin :

Critère🇪🇬 Égypte (L'Ancien Monde)🇸🇳 Sénégal (La Nouvelle Vague)
Style de jeuTactique, défensif, calculateurPhysique, explosif, vertical
Influence Soft PowerHistorique (Cinéma, Culture Arabe)Montante (Mode, Musique, Sport)
Le SymboleL'héritage des PharaonsLa Téranga conquérante

Ce qui se joue entre Le Caire et Dakar, c'est une lutte pour le leadership du « Global South » africain. Le Sénégal utilise ses victoires (CAN 2021, CHAN, équipes de jeunes) comme un outil diplomatique puissant. Quand Macky Sall (alors président) décrète un jour férié après la victoire à la CAN, ce n'est pas juste pour la fête. C'est pour cimenter une unité nationale et projeter une image de puissance.

L'Égypte, elle, vit ces défaites comme un déclassement insupportable. Chaque match entre ces deux nations devient une poudrière. Les fédérations s'invectivent, les supporters se chambrent sur les réseaux avec une virulence rare. On est loin de l'esprit olympique, et c'est tant mieux pour le spectacle, non ?

Au final, ce ballon rond raconte l'histoire d'un continent en pleine mutation, où les hiérarchies figées depuis les années 90 volent en éclats. Le Sénégal ne demande plus la permission de s'asseoir à la table des grands. Il a pris la chaise, et il a mis les pieds sur la table.

SD
Sergio DuranPeriodista

Periodista especializado en Deporte. Apasionado por el análisis de las tendencias actuales.