Verglas : Le pays à l'arrêt, le fantasme de la "météo exceptionnelle"
Quelques millimètres de glace et l'Hexagone sombre dans la psychose. Au-delà des alertes rouges, ce nouvel épisode révèle surtout la fragilité chronique de nos infrastructures face au réel.
On connaît la chanson par cœur. Chaque hiver, ou presque, le ciel nous tombe sur la tête sous forme de pluie verglaçante, et chaque fois, c'est la même stupéfaction feinte dans les ministères. « Un phénomène exceptionnel », nous martèle-t-on sur les chaînes d'info en continu. Vraiment ? Ou est-ce simplement la feuille de vigne commode pour masquer une infrastructure nationale incapable d'absorber le moindre choc climatique ?
Alors que la moitié de la France se réveille avec des trottoirs transformés en patinoires olympiques, il est temps de regarder la réalité en face : notre paralysie n'est pas métérologique, elle est structurelle.
| Discours Officiel 📢 | Réalité du Terrain 🛑 |
|---|---|
| « Priorité absolue à la sécurité des voyageurs. » | Arrêt préventif du trafic faute d'équipements de dégivrage adéquats. |
| « Le réseau électrique est sous haute surveillance. » | Des lignes aériennes vétustes qui cèdent sous le poids de la glace. |
| « Les moyens de salage sont déployés à 100%. » | Des camions bloqués dans les bouchons qu'ils étaient censés prévenir. |
Prenons le rail. La SNCF, fidèle à sa stratégie du « risque zéro » (qui ressemble de plus en plus à une stratégie du « service zéro »), coupe les circulations avant même que la première goutte ne touche le sol. On nous explique doctement que les caténaires sont fragiles. C'est audibe. Mais comment font nos voisins ? En Allemagne ou en Scandinavie, les trains roulent par -15°C. Chez nous, une bruine négative suffit à isoler des régions entières. Ce n'est pas de la prudence, c'est de la résignation.
La vérité, c'est que nous avons construit un système logistique en flux tendu qui ne supporte plus le moindre grain de sable, ou plutôt, le moindre grain de glace.
Et que dire de l'épée de Damoclès électrique ? RTE nous demande de baisser le chauffage alors que le froid s'installe. Le paradoxe est savoureux (ou amer, c'est selon). Les pluies verglaçantes alourdissent les câbles, menaçant de pylônes qui datent parfois de l'époque du Général de Gaulle. La transition énergétique, c'est bien beau sur le papier glacé des rapports RSE, mais sur le terrain, on prie pour que le vent ne se lève pas trop fort.
Ce qui se joue aujourd'hui sur nos routes bloquées et dans nos gares désertes, ce n'est pas une simple perturbation. C'est le symptôme d'un pays qui ne sait plus gérer l'aléa sans tout mettre à l'arrêt. On préfère interdire aux poids lourds de rouler — paralysant l'économie — plutôt que d'investir massivement dans la résilience des réseaux. C'est un choix. Mais arrêtons d'accuser le ciel.


