Économie

Abivax : Ce que la City ne voit pas derrière le pari Obefazimod

Oubliez la volatilité du titre en Bourse. Dans les couloirs feutrés des labos, une partie de poker bien plus cruciale se joue. On vous emmène là où les graphiques s'arrêtent.

SB
Sacha BourseJournaliste
12 janvier 2026 à 08:413 min de lecture
Abivax : Ce que la City ne voit pas derrière le pari Obefazimod

Entre nous, regarder le cours d'une biotech française cotée au Nasdaq, c'est un peu comme surveiller son rythme cardiaque après un double expresso : ça monte, ça descend, et ça ne vous dit pas grand-chose sur la santé réelle du patient. Abivax ne fait pas exception. Mais si vous arrêtez de fixer les bougies vertes et rouges une seconde, vous verrez ce qui se trame vraiment en coulisses. Et c'est bien plus intéressant qu'un simple ratio boursier.

Le nerf de la guerre ? Ce n'est pas l'argent (enfin, pas tout de suite). C'est la lassitude.

La fin de la tyrannie de la seringue ?

J'ai discuté récemment avec des gastro-entérologue qui suivent des patients atteints de rectocolite hémorragique (RCH). Leur constat est brutal : les malades n'en peuvent plus des injections. Les biomédicaments actuels sont efficaces, certes, mais contraignants. C'est là que le candidat médicament d'Abivax, l'obefazimod, change la donne. C'est une pilule. Une simple prise orale.

Cela paraît trivial ? Pour un analyste financier qui n'a jamais mis les pieds dans un hôpital, peut-être. Mais pour l'industrie, c'est le Saint Graal. Si Abivax réussit sa phase 3 (la fameuse "vallée de la mort" des biotechs), ils ne proposeront pas juste un autre médicament : ils vendront de la liberté.

👀 Pourquoi l'Obefazimod inquiète la concurrence ?
C'est technique, mais fascinant : la plupart des traitements actuels bloquent une protéine inflammatoire spécifique (comme le TNF alpha). L'Obefazimod, lui, augmente l'expression d'un micro-ARN (miR-124) qui agit comme un régulateur naturel de l'inflammation. C'est la différence entre éteindre un incendie avec un seau d'eau et empêcher le feu de prendre. Si ce mécanisme confirme sa sécurité à grande échelle, les blockbusters actuels de la Big Pharma ont du souci à se faire.

Le silence avant la tempête

Ce qu'on ne lit pas dans les dépêches AFP, c'est l'agitation sourde qui règne autour de ce dossier. Les résultats cliniques intermédiaires ont montré une chose rare : la durabilité. Les patients ne font pas que répondre au traitement, ils y répondent dans la durée. (C'est souvent là que le bât blesse avec les alternatives).

« Dans ce milieu, on ne paie pas pour une promesse, on paie pour une preuve. Abivax est en train de transformer la promesse en data irréfutable. »

Alors oui, le titre fluctue. Les shorts sellers s'amusent. C'est le jeu. Mais ne vous y trompez pas : les géants du secteur (les Pfizer, les AbbVie de ce monde) ont les yeux rivés sur les données de sécurité à long terme. Ils savent que le marché des maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI) est une mine d'or en pleine expansion.

Abivax n'est pas seulement en train de tenter de survivre au Nasdaq. Ils sont en train de construire un levier de négociation colossal pour un potentiel rachat ou un partenariat stratégique majeur. Pour le patient, c'est l'espoir d'une vie normale. Pour l'investisseur averti, c'est le moment de regarder au-delà du bruit ambiant.

SB
Sacha BourseJournaliste

L'argent ne dort jamais, et moi non plus. Je dissèque les marchés financiers au scalpel. Rentabilité garantie de l'info. L'inflation n'a aucun secret pour moi.