Canal+ : Le pari risqué du « super-agrégateur » mondial
Bolloré vend du rêve avec son empire médiatique. Mais transformer une chaîne cryptée en hub mondial du streaming, c'est un pari à plusieurs milliards où la dépendance aux concurrents américains pose question.

Il y a dix ans, on prédisait sa mort. « Canal+ est fini », disaient les oracles de la tech, persuadés que l'ouragan Netflix allait balayer le vieux décodeur noir. Spoiler : ils avaient tort. Mais à quel prix la chaîne de l'avenue de Wagram a-t-elle survécu ?
Aujourd'hui, le groupe ne vend plus l'esprit Canal. Il vend de la tuyauterie de luxe. En se positionnant comme un « super-agrégateur », la filiale de Vivendi a opéré une mutation brutale : si tu ne peux pas les battre, deviens leur meilleur vendeur.
« La stratégie est cynique mais brillante : Canal+ est devenu le guichet unique. Mais en nourrissant le crocodile Netflix ou Disney, ne risque-t-il pas de finir par se faire manger le bras ? »
L'ami-ennemi américain
Regardez votre facture. Si vous êtes abonné à Canal+, ce n'est probablement plus pour Groland, mais parce que le pack « Ciné Séries » inclut Netflix, Disney+, Apple TV+, Paramount+ et bientôt Max (HBO). C'est mathématique. Maxime Saada, le président du directoire, a transformé le groupe en une centrale d'achat géante.
Sur le papier, c'est un coup de maître. Canal récupère une commission, réduit son taux de désabonnement (le fameux churn) et garde la main sur la télécommande du salon. Mais l'analyste sceptique doit poser la question qui fâche : qui tient vraiment le couteau par le manche ?
Si demain, Disney décide de faire cavalier seul ou d'augmenter drastiquement ses tarifs de gros, Canal+ se retrouve le bec dans l'eau. Le groupe français a troqué son indépendance éditoriale contre une dépendance commerciale.
| Le Modèle Historique | Le Modèle 2025 |
|---|---|
| Contenu exclusif (Ligue 1, Cinéma) | Agrégation massive (Netflix, Disney, Apple) |
| Marché 100% Français | Expansion agressive (Afrique, Asie, Europe) |
| Rivalité avec les plateformes | Partenariat obligé (Frenemies) |
La fuite en avant internationale
Conscient que le marché français sature (et que la Ligue 1 est devenue un bourbier financier sans fin), Canal regarde ailleurs. L'obsession du moment ? Le rachat du géant sud-africain MultiChoice. L'objectif est clair : atteindre les 50 millions d'abonnés dans le monde pour peser face aux GAFAM.
C'est là que la scission avec Vivendi entre en jeu. En introduisant Canal+ en Bourse (probablement à Londres, ironie du sort pour un champion de l'exception culturelle française), Vincent Bolloré cherche à lever du cash. Beaucoup de cash. Car pour survivre dans la cour des grands, il ne suffit plus d'être malin. Il faut être énorme.
Est-ce que ça marchera ? Le groupe parie sur le fait que les utilisateurs sont fatigués de jongler entre quinze applications. Ils veulent une facture unique. Canal veut être ce simplificateur. Mais attention : devenir un simple distributeur de tuyaux, c'est aussi perdre son âme. Et quand les tuyaux seront installés partout, aura-t-on encore besoin du plombier ?
L'argent ne dort jamais, et moi non plus. Je dissèque les marchés financiers au scalpel. Rentabilité garantie de l'info. L'inflation n'a aucun secret pour moi.


