Arrêts maladie : L'arnaque comptable des jours de carence
Derrière la chasse aux "arrêts de confort", se cache une réalité économique douteuse : punir les malades ne remplit pas les caisses, cela les vide à retardement.

Chaque année, c’est la même rengaine budgétaire. Un ministre (au teint curieusement frais) monte au créneau pour dénoncer l’explosion des arrêts maladie. Le coupable désigné ? Le salarié français, ce tire-au-flanc imaginaire qui profiterait du système pour s'offrir des week-ends prolongés aux frais de la princesse. La solution magique ? Augmenter les jours de carence. Un, trois, pourquoi pas sept ?
Mais si on arrêtait deux minutes de regarder le fichier Excel pour observer la réalité du terrain ? Cette obsession punitive repose sur un mythe : celui que la sanction financière guérit la grippe.
« Le jour de carence ne réduit pas l'absentéisme, il fabrique du présentéisme. Et c'est bien plus coûteux. »
L'argumentaire officiel est séduisant de simplicité : si on ne paie pas les premiers jours, les gens réfléchiront à deux fois avant de se porter pâles. Sauf qu'un virus se fiche pas mal de votre fiche de paie. Ce mécanisme pervers crée un phénomène que les comptables de Bercy feignent d'ignorer : le présentéisme. Le salarié précaire, celui qui ne peut pas se permettre de perdre 10% de son salaire mensuel pour une angine, vient travailler. Il tousse dans l'open space, touche la machine à café, et trois jours plus tard, c'est toute l'équipe qui est à terre.
C'est là que le cynisme atteint son paroxysme. On oppose souvent le privé et le public, alors que la vraie fracture est ailleurs. Elle est entre ceux qui ont une convention collective protectrice (les cadres, souvent couverts par leur entreprise dès le premier jour) et les autres. Les livreurs, les aides-soignantes, les caissiers. Pour eux, le jour de carence est une taxe sur la maladie.
Regardons les chiffres froidement, puisque c'est ce qu'ils aiment :
| Approche Punitive (Carence) | Réalité Sanitaire |
|---|---|
| Économie immédiate de 3 jours d'IJ (Indemnités Journalières). | Contagion de 3 collègues = 9 jours d'arrêt potentiels. |
| Dissuasion des "petits arrêts". | Aggravation de la pathologie (ex: burn-out ignoré) menant à un arrêt long (6 mois+). |
| Responsabilisation du salarié. | Baisse de productivité estimée à -33% pour un salarié malade au travail. |
Au lieu de s'interroger sur les causes profondes de ces arrêts (surcharge de travail, management toxique, perte de sens), on préfère casser le thermomètre. C'est une stratégie de courte vue. Un salarié qui vient travailler malade, c'est une bombe à retardement pour l'entreprise et pour la Sécurité Sociale. En voulant gratter quelques millions sur le dos des rhumes, on prépare le terrain pour des milliards de dépenses en maladies chroniques et épuisement professionnel. Mais ça, c'est le problème du prochain mandat, n'est-ce pas ?
Le pouls de la rue, les tendances de demain. Je raconte la société telle qu'elle est, pas telle qu'on voudrait qu'elle soit. Enquête sur le réel.


