Société

Caitlin McFarlane : L'anti-star qui réinvente la gloire olympique

Elle n'a peut-être pas l'or autour du cou, mais elle a conquis une génération. À Milano Cortina, la Franco-Australienne prouve que la vulnérabilité est la nouvelle monnaie du succès.

MC
Myriam CohenJournaliste
18 février 2026 à 11:053 min de lecture
Caitlin McFarlane : L'anti-star qui réinvente la gloire olympique

Il est 10h42 dans l'aire d'arrivée de Cortina d'Ampezzo. Le froid est piquant, de ceux qui gèlent les cils en une fraction de seconde. Caitlin McFarlane vient de franchir la ligne. Elle n'a pas gagné. Le chronomètre affiche un retard de quelques centièmes sur le podium, une éternité dans ce sport de brutes. Pourtant, avant même de déchausser ses skis, avant même de saluer la foule transie, elle sort son téléphone. Un geste qui, il y a dix ans, aurait fait hurler les puristes du "planté de bâton".

Mais Caitlin ne vérifie pas ses messages. Elle poste. Une photo floue, brute, légende : « Les jambes brûlent, le cœur aussi. On remet ça demain. » (Et un emoji flocon, évidemment). En trois minutes, le post génère plus d'engagement que le communiqué officiel de la Fédération. Bienvenue dans l'ère de la célébrité 2.0, où l'authenticité de la défaite vend parfois mieux que la perfection de la victoire.

« Je ne cherche pas à être une icône intouchable. Je veux juste montrer que derrière la combinaison, il y a une fille qui a parfois mal au dos et qui doute. »

La fin du mythe de la machine

Pendant des décennies, le champion de ski était une machine de guerre : hermétique, infaillible, distant. Caitlin McFarlane, née à Sydney et adoptée par les Alpes françaises, dynamite ce standard. Elle incarne cette génération d'athlètes "hybrides" pour qui la performance sportive ne suffit plus à définir l'identité. Elle est ce qu'on pourrait appeler une athlète-créatrice.

Son parcours accidenté — notamment cette hernie discale qui a failli tout arrêter en 2024 — n'est pas caché sous le tapis. Au contraire. C'est devenu sa ligne éditoriale. Là où ses prédécesseurs ne montraient que les médailles, elle documente les séances de kiné à 6h du matin, les grimaces de douleur et les fous rires nerveux. Pourquoi ça marche ? Parce que le public ne cherche plus des dieux. Il cherche des miroirs.

👀 Pourquoi la Gen Z la préfère-t-elle aux légendes ?

Contrairement aux stars "polissées" gérées par des agences de RP, Caitlin gère son image avec une spontanéité désarmante. Elle répond aux commentaires, utilise les mêmes trends audio que ses abonnés et parle anglais avec un accent français (et inversement). Elle abolit la distance verticale entre le fan et l'idole. Pour la Gen Z, l'accès aux coulisses (le behind the scenes) a plus de valeur que le spectacle final.

Une géopolitique du cool

Caitlin est aussi le produit d'une mondialisation heureuse. Franco-Australienne-Britannique, elle navigue entre les cultures avec une fluidité déconcertante. Ce métissage est un atout colossal dans l'économie de l'attention. Elle parle à l'hémisphère sud pendant l'été européen, et à la vieille Europe l'hiver. Les marques se l'arrachent, non pas uniquement pour ses temps intermédiaires, mais pour sa capacité à fédérer des communautés disparates.

Est-ce que cela distrait de la performance pure ? Les sceptiques diront oui. Mais regardez les chiffres. Sa 12e place à Copper Mountain ou ses performances solides aux JO de 2026 montrent que le "bruit" numérique ne l'empêche pas de skier vite. Au contraire, cette connexion directe avec le public semble lui offrir une soupape de décompression mentale que les athlètes isolés d'antan n'avaient pas.

Elle ne skie plus seulement pour une nation ou un drapeau. Elle skie pour une tribu numérique qui la suit, qu'elle finisse première ou dans les filets de protection. Et c'est peut-être ça, la vraie révolution.

MC
Myriam CohenJournaliste

Le pouls de la rue, les tendances de demain. Je raconte la société telle qu'elle est, pas telle qu'on voudrait qu'elle soit. Enquête sur le réel.