Canal+ à Londres : Le pari du "Super-Agrégateur" est-il déjà dépassé ?
Quatorze mois après son introduction glaciale à la Bourse de Londres, le groupe de Maxime Saada joue sa survie loin de la Ligue 1. Entre dépendance aux géants US et fuite en avant africaine, autopsie d’une métamorphose à haut risque.

⚡ L'essentiel
- L'exil boursier : Depuis son "Unbundling" de Vivendi et son IPO à Londres fin 2024, le titre peine à convaincre la City.
- La fin du "Franco-Français" : Le divorce avec la Ligue 1 n'était pas un accident, mais un pivot stratégique vers la Ligue des Champions et l'international.
- Le piège de l'agrégation : En devenant la "super-télécommande" de Netflix et Disney+, Canal risque de perdre son identité de créateur.
- Cap sur l'Afrique : L'acquisition de MultiChoice est désormais le seul véritable moteur de croissance (objectif 50M d'abonnés).
On nous avait vendu une émancipation triomphale. Le 16 décembre 2024, lorsque Canal+ a sonné la cloche du London Stock Exchange, le champagne avait un arrière-goût amer : une chute immédiate du cours et des investisseurs britanniques sceptiques face à ce "Netflix à la française".
Février 2026. Nous y sommes. La poussière est retombée, mais les questions qui fâchent restent en suspens. Maxime Saada, le PDG, martèle sa vision d'un "Super-Agrégateur" mondial. Sur le papier, la stratégie est brillante : devenir le guichet unique de votre consommation streaming. Dans les faits ? C'est un numéro d'équilibriste au-dessus d'un ravin.
L'illusion de la puissance
Ne nous y trompons pas : quand Canal+ annonce fièrement ses partenariats avec Apple TV+, Disney+ ou HBO Max, ce n'est pas une victoire, c'est un aveu de dépendance. En septembre dernier, l'ouverture de l'application aux non-abonnés (ce fameux modèle "Freemium") a trahi une certaine fébrilité : la chasse à la data est ouverte, car la croissance organique en France est au point mort.
« Canal+ est devenu une magnifique coquille, mais dont la perle appartient désormais à la Silicon Valley. Si demain Netflix décide de couper le cordon, que reste-t-il ? »
C'est toute l'ironie de la situation. Pour survivre à la guerre du streaming, l'ancien trublion du PAF est devenu le VRP de ses propres bourreaux. On s'abonne à Canal pour avoir Netflix moins cher. Est-ce viable à long terme ? Les marges, rognées par les coûts d'acquisition de ces droits tiers, nous chuchotent que non.
Ligue 1 : Le divorce était vital
Les nostalgiques pleurent encore le dimanche soir de Canal. Pourtant, le retrait des enchères de la Ligue 1 – laissant le champ (et les dettes) à DAZN et consorts – est peut-être la seule décision lucide de ces cinq dernières années. Pourquoi surpayer un produit local en déclin quand on vise le marché global ?
La vraie bataille ne se joue plus à Saint-Étienne ou à Rennes, mais à Johannesburg et Lagos. Avec l'intégration de MultiChoice, Canal+ ne cherche plus à séduire le CSP+ parisien, mais à conquérir une classe moyenne africaine en pleine explosion démographique. C'est là, et uniquement là, que réside la promesse des 100 millions d'abonnés visés pour 2030.
Londres ne pardonne pas
Pourquoi cette obsession pour Londres ? Pour échapper au carcan réglementaire français, certes, mais aussi pour se comparer aux "grands". Sauf que la City est impitoyable. Elle ne regarde pas la qualité de la série Baron Noir ou l'humour de La Flamme. Elle regarde le revenu par abonné (ARPU). Et dilué dans des offres groupées "Ciné Séries", cet indicateur clé s'effrite.
Alors, Canal+ a-t-il un avenir ? Oui, mais probablement pas celui que l'on croit. L'entité qui émergera en 2030 ressemblera moins à la chaîne cryptée des années 90 qu'à un opérateur logistique de contenus mondiaux, une sorte de "Spotify de la vidéo" dopé au sport européen.
Est-ce suffisant pour faire remonter le cours de l'action ? Les analystes attendent de voir si les synergies africaines à 400 millions d'euros sont réelles ou du pur storytelling financier. En attendant, la télécommande est peut-être universelle, mais les piles commencent à coûter cher.
L'argent ne dort jamais, et moi non plus. Je dissèque les marchés financiers au scalpel. Rentabilité garantie de l'info. L'inflation n'a aucun secret pour moi.


