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Code Rouge en Zéro-G : Ce que la NASA ne dit pas sur la santé de ses astronautes

Oubliez les communiqués aseptisés. Derrière les sourires de façade en apesanteur, la santé de l'équipage est un secret défense où chaque kilo perdu devient une affaire d'État.

LV
Laurent VidalJournaliste
15 janvier 2026 à 21:323 min de lecture
Code Rouge en Zéro-G : Ce que la NASA ne dit pas sur la santé de ses astronautes

Il suffit parfois d'une photo pour faire trembler les murs capitonnés de Houston. Récemment, c'est le visage émacié d'une astronaute vétérane, coincée là-haut bien plus longtemps que prévu à cause des déboires du Starliner, qui a mis le feu aux poudres. Officiellement ? « Tout va bien, circulez, il n'y a rien à voir ». Officieusement, dans les couloirs feutrés du Johnson Space Center où j'ai mes habitudes, le ton est nettement moins serein.

La santé en orbite n'est pas qu'une question de médecine. C'est le talon d'Achille de toute notre ambition spatiale.

« L'espace ne veut pas de nous. Il essaie de nous tuer à chaque seconde. Le rôle des médecins de vol n'est pas de nous soigner, mais de nous maintenir fonctionnels jusqu'au retour. »

Le mythe du super-héros invulnérable

Vous pensez que les astronautes sont des surhommes ? Ils le sont, jusqu'à ce que la microgravité s'en mêle. Ce que les relations publiques omettent souvent de préciser (pour ne pas effrayer les contribuables ou les investisseurs privés), c'est la violence de la dégradation physique. On ne parle pas juste d'un mal de dos.

Jetez un œil à ce comparatif que les médecins de vol gardent généralement pour leurs briefings internes. C'est la réalité brute d'un corps après six mois dans la « boîte de conserve » :

Paramètre BiologiqueSur Terre (Référence)En Orbite (6 mois+)
Densité osseuseStable-1% à -1.5% par mois (irréversible parfois)
Fluides corporelsDistribués vers les jambesRemontée vers la tête (Puffy Face, pression intracrânienne)
Système immunitaireActifDérégulé (réactivation de virus dormants comme l'herpès)
Vision20/20 (corrigée)Syndrome SANS (aplatissement du globe oculaire)

Le cas récent de perte de poids supposée n'est que la partie émergée de l'iceberg. Quand la mission s'allonge de 8 jours à 8 mois, les réserves caloriques fondent. Maintenir son poids là-haut, c'est un combat olympique contre son propre métabolisme.

L'infirmerie la plus isolée (et la plus politique) du monde

Mais le vrai problème n'est pas médical, il est diplomatique. Imaginons le pire : une urgence vitale. Une appendicite qui tourne mal, une hémorragie interne.

Sur l'ISS, il n'y a pas de bloc opératoire. Juste une trousse de secours améliorée et une liaison radio avec la Terre. Si l'évacuation devient nécessaire, qui ramène le patient ? C'est là que ça se corse. Avec les tensions actuelles entre Washington et Moscou, utiliser un siège de Soyouz pour une évacuation d'urgence américaine est un cauchemar logistique et politique que personne ne veut gérer.

De plus, l'arrivée du secteur privé brouille les cartes. SpaceX dicte désormais le tempo. Si un touriste spatial d'Axiom fait une crise cardiaque, est-ce la NASA qui gère ? Les protocoles sont flous, et dans l'espace, le flou tue.

Pourquoi ce silence assourdissant ?

Pourquoi la NASA s'empresse-t-elle de démentir toute rumeur de maladie avec une véhémence suspecte ? Parce que nous sommes à l'aube du retour sur la Lune et du voyage vers Mars.

Si l'on admet aujourd'hui qu'on ne sait pas gérer parfaitement la santé d'un équipage en orbite basse (à 400 km de la maison), comment justifier l'envoi d'humains vers Mars, un voyage de 3 ans sans retour possible en cas de pépin ? Chaque signe de faiblesse sur l'ISS est une munition pour les détracteurs du programme Artemis.

La vérité, c'est que nos corps sont des ancres terrestres. Et pour l'instant, malgré les milliards et la technologie, l'espace gagne encore la bataille de l'usure.

LV
Laurent VidalJournaliste

La science sans le mal de tête. Du boson de Higgs à la conquête de Mars, je rends l'infiniment complexe infiniment cool. Exploration et découvertes.