Dakar : Le mirage "vert" au pays de l'or noir
Entre prototypes hydrogène et sponsors pétroliers, le Dakar joue les funambules en Arabie Saoudite. Analyse d'un virage écologique qui sent encore le kérosène.

C’est une image digne d’un tableau surréaliste. Au milieu du désert du Rub al-Khali, une Audi RS Q e-tron, bijou de technologie hybride, file en silence sur les dunes. Magnifique, non ? C’est en tout cas ce que l'organisation veut que vous reteniez. Mais dézoomez un peu. Juste derrière, un hélicoptère de télévision brûle des centaines de litres de carburant pour capturer ce plan "écologique". Bienvenue sur le Dakar moderne : une course poursuite entre la performance mécanique et une tentative désespérée de justifier son existence à l'heure du réchauffement climatique.
Soyons clairs : j'aime le sport mécanique. Mais il faut arrêter de nous prendre pour des jambons (bio).
Le grand écart marketing
ASO (Amaury Sport Organisation) a lancé son programme "Dakar Future". L'objectif ? Une épreuve 100 % à faibles émissions d'ici 2030. Sur le papier, c'est ambitieux. Sur la piste, c'est une autre histoire. On nous brandit la catégorie "Mission 1000" comme un étendard, où des véhicules hydrogène ou 100 % électriques testent leurs limites. C'est fascinant techniquement, certes. Mais combien sont-ils ? Une poignée. (Vraiment, comptez-les sur les doigts d'une main).
Le reste du plateau ? Des centaines de motos, quads, autos et camions qui tournent majoritairement aux énergies fossiles, même si l'introduction de carburants synthétiques progresse. Mais le vrai problème n'est pas (que) sur la piste.
| L'Argument "Vert" | La Réalité Sceptique |
|---|---|
| "Laboratoire du futur" | Concerne moins de 5% des véhicules engagés. Le reste est une parade thermique classique. |
| Carburants synthétiques | Réduit les émissions directes, mais quid de l'énergie grise pour les produire et les acheminer dans le désert ? |
| Bivouac éco-responsable | Déplacer 3 000 personnes chaque jour par avion et camion reste une aberration carbone massive. |
L'éléphant dans la pièce (et il s'appelle Aramco)
Comment parler d'écologie quand votre sponsor titre est Aramco ? C’est là que le cynisme atteint des sommets vertigineux. La compagnie pétrolière saoudienne, l'une des plus grandes émettrices de gaz à effet de serre au monde, utilise le Dakar comme une immense pancarte publicitaire pour sa "transition". C'est du sportswashing doublé de greenwashing, servi sur un plateau d'argent par les organisateurs.
"Organiser une course 'verte' au cœur du plus grand exportateur de pétrole mondial, c'est comme organiser une convention vegan dans un abattoir. C'est audacieux, mais personne n'est dupe."
Le Dakar ne peut pas simplement "compenser" son empreinte en installant des panneaux solaires sur le bivouac. La caravane logistique – cette ville nomade qui se déplace quotidiennement – est un monstre énergivore. Les avions cargos qui amènent les pièces, les vols charter pour les équipages, les camions d'assistance qui font le tour du pays... C'est cette infrastructure invisible qui pèse lourd dans la balance, bien plus que les pots d'échappement des concurrents.
La fuite en avant ?
Alors, faut-il annuler le Dakar ? Ce n'est pas le débat ici. La question est celle de l'honnêteté intellectuelle. Le rallye-raid est une aventure humaine exceptionnelle, personne ne le nie. Mais l'emballer dans un papier cadeau vert pour rassurer les investisseurs européens et les constructeurs automobiles (qui ont besoin de justifier leurs budgets marketing) devient grotesque.
Le Dakar survivra-t-il à la conscience écologique grandissante ? Peut-être, s'il accepte d'être ce qu'il est : une parenthèse anachronique, un défi mécanique brutal, plutôt qu'un faux prophète de la mobilité douce.
Tactique, stats et mauvaise foi. Le sport se joue sur le terrain, mais se gagne dans les commentaires. Analyse du jeu, du vestiaire et des tribunes.

