Politique

L'héritage Macron : anatomie d'un vide politique vertigineux

Sept ans après le hold-up électoral du siècle, le logiciel s’est grippé. Entre dette abyssale et autoritarisme feutré, nous avons gratté le vernis de la "Start-up Nation" pour voir ce qu'il reste de la promesse initiale.

AM
Anne-Laure MercierJournaliste
21 février 2026 à 11:012 min de lecture
L'héritage Macron : anatomie d'un vide politique vertigineux

On nous avait vendu la rupture. La grande transformation. Un président philosophe capable de réconcilier l'eau et le feu, la gauche et la droite, le capital et le travail. En février 2026, alors que le second quinquennat s'enlise dans une fin de règne morose, il est temps de poser la question qui fâche : le "Macronisme" a-t-il jamais été autre chose qu'une brillante opération marketing ?

Regardons les chiffres, pas ceux des plaquettes glacées de Bercy, mais ceux qui font mal.

IndicateurLa Promesse (2017)La Réalité (2026)
Dette PubliqueMaîtrisée et réduiteExplosion incontrôlée (>3000 Mds€)
Cohésion SocialeUne France apaiséeArchipélisation totale
InstitutionsRenouveau démocratiqueParlementarisme rationalisé à l'extrême

Le constat est brutal, n'est-ce pas ? L'analyste sérieux ne peut plus se cacher derrière l'excuse des crises successives (Covid, Ukraine, Inflation). Gouverner, c'est prévoir, pas subir en communicant. Le "Mozart de la finance" a dirigé l'orchestre, certes, mais la partition a coûté un "pognon de dingue" sans pour autant rénover les infrastructures vitales du pays. L'école craque, l'hôpital est sous perfusion, et la seule réponse semble être une numérisation à marche forcée.

Mais le plus grand échec est peut-être invisible. C'est cette "ombre portée" sur la vie politique française. En s'arrogeant le centre, en siphonnant les modérés de gauche comme de droite, Emmanuel Macron n'a pas recomposé le paysage politique : il l'a désertifié. Il a créé un vide immense autour de sa personne.

Le drame du macronisme n'est pas d'avoir échoué, mais d'avoir empêché toute alternative raisonnable d'émerger, laissant le champ libre aux populismes.

On nous parle de "turbulences". Le terme est poli. C'est une tempête structurelle. Le pouvoir s'est isolé (vous avez remarqué comme les conseils des ministres ressemblent de plus en plus à une citadelle assiégée ?). La verticalité, autrefois atout de charme, est devenue un facteur de rigidité cadavérique. Quand le chef décide de tout, la moindre erreur de sa part paralyse tout le système.

Alors, que restera-t-il ? Une réforme des retraites passée au forceps ? Quelques gigafactories dans les Hauts-de-France ? C'est maigre pour dix ans de pouvoir absolu. L'histoire retiendra sans doute un tacticien hors pair, capable de gagner des élections impossibles, mais un stratège médiocre pour l'avenir de la Nation. La turbulence actuelle n'est pas un passage à vide, c'est le résultat logique d'une politique qui a privilégié l'agilité tactique sur l'enracinement réel.

AM
Anne-Laure MercierJournaliste

Je hante les couloirs du pouvoir. Je traduis le "politiquement correct" en français courant. Ça pique, mais c'est vrai. Les lois, je les lis avant le vote.